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Critique : Gibraltar, de Julien Leclercq

Le réalisateur de Chrysalis et L’Assaut revient avec un nouveau film noir porté par un trio d’acteurs excitant.

 

Affiche du film Gibraltar, de Julien Leclercq
Affiche du film Gibraltar, de Julien Leclercq

 

« Toujours mentir. Jamais trahir. »
Afin de mettre sa famille à l’abri du besoin, Marc Duval, un français expatrié à Gibraltar, devient agent d’infiltration pour le compte des douanes françaises.
De petits trafics en cargaisons troubles, il gagne progressivement la confiance de Claudio Lanfredi, un puissant importateur de cocaïne associé aux cartels Colombiens. Cette immersion en eau profonde dans l’univers des narcotrafiquants lui fait courir des risques de plus en plus importants. Mais à mesure que Marc gravit les échelons du cartel, il découvre aussi le luxe et l’argent facile… En permanence sur le fil du rasoir, seuls ses mensonges le maintiennent encore en vie. Lorsque les douanes anglaises rentrent dans la partie pour arrêter Lanfredi, le jeu devient encore plus dangereux et sa famille risque d’en payer le prix.

 

 

Une nouvelle fois inspiré de faits réels, Julien Leclerq part cette fois-ci à l’assaut du trafic de drogue au travers d’un polar appelé à être réaliste. D’emblée, on retrouve l’ambiance froide reconnaissable aux trois longs métrages du réalisateur français. Un paradoxe pour le lieu où se déroule l’intrigue, qui comme L’Assaut, est un endroit où la chaleur, voire la moiteur, règnent en maîtres. Une teinte sombre comme premier indice visant à faire rentrer le spectateur dans une intrigue noire et sous tension.

 

Extrait du film Gibraltar (2013)
Extrait du film Gibraltar (2013)

 

Porté par un trio d’acteurs aux fortunes diverses (Gilles Lellouche en père poule, Tahar Rahim en flic politisé sans charisme et Riccardo Scamarcio grimé en narco trafiquant), Gibraltar déçoit surtout par le manque d’ambition de son histoire portée à l’écran. Assez invraisemblable, la narration est ici marqué par le sceau de l’hermétisme tant il est difficile pour le spectateur d’adhérer à une émotion vulgarisée et mal incarnée. De la tension, il n’y en aura jamais, l’ensemble est linéaire, et les rares scènes d’action sont trop téléphonées et vite oubliables. Si derrière sa caméra, Julien Leclerq semble capter un téléfilm sous filtres, ses acteurs passés devant n’inspirent guère mieux. Gilles Lellouche n’est que dans la resucée d’un personnage peu captivant et déjà-vu, Tahar Rahim est largement dispensable tandis que Riccardo Scamarcio et sa belle gueule offrent autant à voir qu’à savourer. Affaiblis par des dialogues académiques, Gibraltar n’est pas le polar suffocant espéré, mais plus un drame humain poussé dans ses retranchements et dont la verve n’a d’égale que le rythme, c’est-à-dire, bien peu.

 

 

L’avis : Porté par un Gilles Lellouche inévitable en solide père de famille, Gibraltar a bien plus de noirceur sur la forme que dans le fond, la faute à une écriture décevante et une interprétation académique qui nous feront bien vite oublier pareille déception. On en vient même à regretter les poussées de chaleurs de L’Assaut, beau huis clos enragé.