Critiques de films, Drame, Histoire

Critique : Ginger & Rosa, de Sally Potter

Entre innocence, définition de l’engagement et histoire d’amitié, Sally Potter dépeint une vision de la Grande-Bretagne des années 60 qu’elle a bien connu.

 

Affiche du film Ginger & Rosa, de Sally Potter
Affiche du film Ginger & Rosa, de Sally Potter

 

Londres dans les années 1960. Ginger et Rosa, deux ados inséparables vivent ce moment unique du passage de l’enfance à l’âge adulte. Entre parano de la guerre froide et apprentissage de la liberté, révolution sexuelle et féminisme politique, blue jeans délavés et rock contestataire, cigarettes et premiers baisers, elles entrent en rébellion contre leurs mères, pour finir par se déchirer, irrémédiablement.

 

 

Elles sont dans l’âge des illusions, meilleures amies, rêvent d’un ailleurs et vont devoir se confronter à des choix alors que leur chemin jusqu’ici commun les amène droit vers une séparation imminente. Mais elles s’y refusent. Parce que, que croyaient-elles dans un monde sujet aux mutations, entre engagement politique et libération des mœurs en constante opposition avec l’Establishment, elles pensaient rester amies pour la vie ?

Extrait du film Ginger & Rosa (2013)
Extrait du film Ginger & Rosa (2013)

 

Née en 1949, Sally Potter aura été l’une des spectatrices de cette période que la Grande-Bretagne s’évertue à raconter encore et encore, tant elle semble avoir des choses à dire, quitte même à ce que les répercutions soient plus contemporaine qu’il n’y paraît. Pourtant, la réalisatrice de La leçon de tango n’était sûrement pas sans savoir que la jeunesse émancipée et sentiments amoureux déflorés avait été fabuleusement bien contés dans le film de Lone Scherfig, Une Éducation, ou que la lutte des classes sur fond de mouvement politique imminent avec été raconté avec humour, cynisme mais surtout réalisme par des films comme We want sex equality ou des cinéastes comme Ken Loach.

 

Extrait du film Ginger & Rosa (2013)
Extrait du film Ginger & Rosa (2013)

 

A dire vrai, derrière l’ambiante sympathie de ce long-métrage à la fois philosophe et onirique, Ginger & Rosa, c’est un beaucoup d’un peu pour finalement pas grand-chose. Derrière sa caméra instable, Sally Potter croit filmer l’essence des sentiments, l’expression des corps à travers des décors sublimés de manière élégiaque. Peu captivant. Elle croit également rendre crédible son histoire d’amitié via des questionnements naïfs noyés dans des réflexions dignes d’adultes, alors que la fusion promise entre Alice Englert (Sublimes Créatures) et Elle Fanning (Somewhere) ne fonctionne que trop mal malgré toutes les bonnes volontés des deux jeunes et talentueuses actrices.

 

L’avis : Le passage de l’adolescence à la vie adulte dans un monde en crises sujet aux mutations sociales, raconté par Sally Potter, aurait de quoi charmer si l’ensemble fonctionnait sur la longueur, sans passer par des dialogues prévisibles, inintéressants ou une mise en scène qui frôle le maniérisme. Malgré son casting alléchant, l’alchimie entre une Néo-Zélandaise fille de Jane Campion, et une Américaine chouchoute des tabloïds people, ne fonctionne jamais. C’est à l’image de cette captivante période que Sally Potter croit filmer de front, alors qu’elle se trouve dans une fuite perpétuelle, à l’instar de ses héroïnes inconscientes.