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Critique : God Bless America, de Bob Goldthwait

Surfant sur cette mode de l’anti-américanisme primaire, God Bless America passe du film jouissif au brûlot aveugle. Chronique.

 

Affiche du film God Bless America, de Bob Goldthwait
Affiche du film God Bless America, de Bob Goldthwait

 

Seul, sans boulot, gravement malade, Frank sombre dans la spirale infernale d’une Amérique déshumanisée et cruelle. N’ayant plus rien à perdre, il prend son flingue et assassine les personnes les plus viles et stupides qui croisent son chemin. Bientôt rejoint par Roxy, lycéenne révoltée et complice des plus improbables, c’est le début d’une équipée sauvage, sanglante et grandguignolesque sur les routes de la bêtise made in USA.

 

Présenté à Deauville un an après sa première à Toronto au Midnight Madness, ce film indépendant emmené par le frère de Bill Murray se voudrait à la fois jouissif et salvateur. Le point de départ est relativement simple et la finalité loin d’être idiote. Se débarrasser de tous ceux qui font la stupidité de notre monde. Le problème est que le film égrène quelques vérités de fond, sans se rendre compte qu’il verse dans la surenchère, voir même l’insulte envers finalement un monde qu’il tente de représenter sans véritablement connaître. Le tout pour finir sur une morale déplorable et une scène finale absolument détestable. A l’inverse d’Alex de la Iglesia (et son Jour de Chance moraliste), Bob Goldthwait, dont c’est le quatrième long métrage, ne va pas tomber dans le piège du pathos larmoyant, mais pousser dans un style jusqu’au-boutiste son point de vue, à la limite de l’aveuglement.

 

Extrait du film God Bless America (2011)
Extrait du film God Bless America (2011)

 

Ce qui se veut gentiment parodique, inséré dans une comédie noire et acerbe, représente une certaine frange de la population qui arrive à penser ce genre d’action horrible. God Bless America représente ironiquement cette Amérique violente, consumériste, inconsciente et dangereuse. Il y avait donc des idées sous-jacentes loin d’être anodines et d’ailleurs profondément ancrées dans les questions qui gangrènent l’actualité américaine, comme le port d’arme par exemple. Coincé dans son conservatisme ahurissant, God Bless America fait autant flipper que cette génération American Idol, et c’est bien le problème fondamental d’un film qui n’arrive pas à lier l’intelligence de son propos avec des éléments de réponse convaincants. Pire encore, on ne sait où veut en venir Bob Goldthwait, s’il souhaite finalement rester dans la simple comédie subversive, ou dans la critique via un portrait sans concession.