Action, Coup de coeur, Critiques de films, Science-fiction, Thriller

Critique : Gravity, d’Alfonso Cuaron

Accumulant dithyrambes sur dithyrambes, Gravity est-il ce bijou que le spectateur n’est pas prêt d’oublier ?

 

Affiche du film Gravity, d'Alfonso Cuaron
Affiche du film Gravity, d’Alfonso Cuaron

 

Pour sa première expédition à bord d’une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l’astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu’il s’agit apparemment d’une banale sortie dans l’espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l’univers.

 

 

Vertigineux, bouleversant, méticuleux, époustouflant, immersif, ahurissant, titanesque, épuisant… Les superlatifs pourraient encore s’enchaîner pendant des lignes et des lignes. Dans un dictionnaire attaché à aider le spectateur à qualifier un film, Gravity tiendrait une place toute particulière, tant il en rassemble. Pourtant, le long-métrage d’Alfonso Cuaron est au-dessus de ces qualificatifs servant principalement à taper dans l’œil sur une affiche. Il s’agit d’une véritable œuvre de cinéma, un film plus profond qu’il ne semble l’être, extrêmement métaphorique, en plus d’être ce divertissement parfait où les émotions s’entrechoquent à la vitesse de la lumière. Chef-d’œuvre ? Le temps nous le dira, mais il est clair que Gravity devrait faire date en ce début de siècle, près de 110 ans après qu’un autre film, bien plus court, ait commencé à écrire l’histoire de la science-fiction au cinéma : Le Voyage dans la Lune.

 

Extrait du film Gravity (2013)
Extrait du film Gravity (2013)

 

Prenons les choses avec politesse, avec le souci de vous inviter à découvrir Gravity vierge d’un quelconque indice autour de l’intrigue et ses divers niveaux de lecture. [ATTENTION, RISQUE DE SPOILER] Après avoir filmé l’ultime femme enceinte sur une Terre futuriste dans Les Fils de l’homme (son dernier long datant de 2006), le très rare et engagé Alfonso Cuaron (Et ta mère aussi, Harry Potter et le Prisonnier d’Askaban) s’est mis en tête de filmer et illustrer la renaissance dans l’espace. Avec Gravity, au-delà du bijou de film sur l’espace, totalement étouffant et immersif, il y a ce discours métaphysique, des questionnements sur la foi (religieuse ou personnelle), le cycle de la vie brillamment mis en scène. Sandra Bullock, perdue au milieu de l’espace, avec si peu d’oxygène, opère une introspection sur son passé la poussant à vivre une expérience cathartique, sa condition d’être humaine et la petitesse d’une vie dans un si grand espace, seul décisionnaire de votre sort. Jusqu’à ce que prise de conscience il y ait. En position fœtale, portée par la gravité, Sandra Bullock devient alors l’objet de création, celle d’une humaine qui va alors renaître et prendre en main sa survie pour décider de son propre sort. Derrière sa caméra, le virtuose Alfonso Cuaron (allié au brillant chef op Emmanuel Lubezki) lui donnera 90 minutes pour y réfléchir et agir en conséquence.

 

Extrait du film Gravity (2013)
Extrait du film Gravity (2013)

 

Gravity joue autant avec la mort qu’il ne sublime l’idée même de la vie. Quoi de plus beau que de l’illustrer dans l’espace, lieu de fantasme qui a donné bon nombre de films cultes à l’histoire du septième art. Un lieu où l’infini est maître, les frontières n’existent plus, le son ne passe pas (on le concentrera sur une musique omniprésente), l’oxygène y est totalement absent. Un univers que l’homme ne contrôle pas, à l’inverse de sa bien chère Terre qu’il regarde avec amour à des kilomètres de là, en se disant intérieurement, qu’il est bien mieux en gravitation autour d’elle, plutôt que sur elle, à être l’acteur d’une destruction incontrôlée.

 

Extrait du film Gravity (2013)
Extrait du film Gravity (2013)

 

La Terre comme mère créatrice, un câble reliant Kowalsky à Stone vu comme un cordon ombilical… Alfonso Cuaron empile les allégories de la maternité, prenant le contre-pied (presque) total de ses Fils de l’homme. Encore une fois, la femme est au centre de ses questionnements. Sandra Bullock, seule héroïne faisant écho à l’Ellen Ripley d’Alien, crève l’écran, en femme amoureuse anéantie par la mort, mère déchue par la vie, arrachée par le destin vers un acte qui s’avère être fondateur. Une sorte de quête initiatique inconsciente et surtout impressionnante. Le spectateur est tout bonnement aux côtés de ses deux scientifiques, ébahi par la beauté du décor, emporté par une 3D splendide (assurément la meilleure depuis bien des années, y compris au-dessus d’Avatar). Le plan-séquence débutant Gravity est un mince résumé des prouesses techniques jalonnant ce long-métrage au sens du détail presque parfait (si ce n’est quelques faux-raccords comme des cheveux qui ne décollent pas du crâne malgré la gravité).

 

Extrait du film Gravity (2013)
Extrait du film Gravity (2013)

 

Enivré, happé, le spectateur est le second prisonnier de Gravity. Notre cœur bat au rythme de celui des personnages, l’intensité de l’action faisant le reste. Réalisateur de génie, chorégraphe brillant et chef d’orchestre majestueux, Alfonso Cuaron dirige son satellite cinématographique d’une main de maître, survolant de loin et de haut, tout ce qui a été fait ces dernières années, tout en s’inspirant directement des meilleurs faiseurs de space-movie, de Kubrick à Cameron en passant par De Palma sans oublier Lucas. Héritier et créateur, Alfonso Cuaron a fait de Gravity un film flamboyant, bien plus que pompier, un grand blockbuster à la morale aussi grandiloquente que juste, celle-là même que le patriotisme exacerbé des happy endings à l’américaine habitant le film grand public, s’est auto-proclamé final obligatoire. Et par cette intelligence, Cuaron (le père comme le fils, scénariste ici) s’est clairement réapproprié un genre, le sublimant à tous les étages. On le redit donc, Gravity fera date.