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Critique : Hannah Arendt, de Margarethe Von Trotta

Margarethe Von Trotta nous propose un énième portrait de femme au travers de la philosophe Hannah Arendt porté par son actrice fétiche.

 

Affiche du film Hannah Arendt, de Margarethe Von Trotta
Affiche du film Hannah Arendt, de Margarethe Von Trotta

 

1961.
La philosophe juive allemande Hannah Arendt est envoyée à Jérusalem par le New Yorker pour couvrir le procès d’Adolf Eichmann, responsable de la déportation de millions de juifs.
Les articles qu’elle publie et sa théorie de “La banalité du mal” déclenchent une controverse sans précédent.
Son obstination et l’exigence de sa pensée se heurtent à l’incompréhension de ses proches et provoquent son isolement.

 

 

« Je veux comprendre ». De ce postulat, tout est possible. Et Hannah Arendt, philosophe juive exilée, l’a bien compris à l’heure où le monde se fixe sur une idéologie, frémit dans la peur, étiquette son voisin et voit la paranoïa devenir la star d’un système. Héritière de la pensée pure de son mentor Martin Heidegger, Hannah Arendt développera de nombreuses thèses plus politiques que philosophiques, notamment autour du totalitarisme, l’un de grands courants politiques du XXème siècle ou de cette fameuse « banalité du mal » qui fait l’objet de ce long-métrage de la réalisatrice Margarethe Von Trotta, 71 ans. Pour Hannah Arendt, elle retrouve son actrice fétiche et muse Barbara Sukowa, une actrice à la justesse toujours inébranlable que Von Trotta a dirigée à maintes reprises, dans le cadre de portraits de femmes. Sa première collaboration avec la chef de file de la Nouvelle Vague allemande (Les années de plomb), où elle joue une terroriste, la voit glaner un prix de la meilleure actrice à Venise. Elle deviendra ensuite une militante socialiste (Rosa Luxemburg, récompensée à Cannes) ou plus récemment la religieuse Hildegarde de Bingen dans Vision.

 

Extrait du film Hannah Arendt (2013)
Extrait du film Hannah Arendt (2013)

 

Ce qui dérange avec Hannah Arendt, au-delà du souci de neutralité et d’objectivité de l’œuvre,  ce sont les choix narratifs. Pour ne pas coller au documentaire ou au cours d’histoire récité, Margarethe Von Trotta croit bon d’évoquer la femme dans ses sentiments amoureux presqu’autant que dans ses convictions. Si bien que cette longue thèse centrale dans la compréhension de l’idéologie nazie paraît comme presque minimale, résumée. Au final, malgré l’ingéniosité de mise en scène du procès d’Eichmann que l’on découvre à l’écran dans ses mots originels, c’est plus le vibrant plaidoyer d’un professeur ancré dans ses convictions face à ses étudiants, qui nous touche. Soit 5 minutes sur un film fortement inégal, valsant entre les tribulations sentimentales d’une femme – son admiration quasi amoureuse pour Heidegger ne nous intéresse pas une seconde – et son combat contre la pensée unique que l’on aurait imaginé vraiment plus intense ici. On en vient à penser que le film Hannah Arendt aurait gagné en envergure sous la forme d’une mini-série, tant réduire Arendt à la « banalité du mal » est une erreur puisque sa thèse rejoint d’autres idées prônées par la philosophe, ou parce que certaines séquences sont bien trop floues pour permettre au film de s’embellir, on en veut pour preuve l’exemple des chefs juifs qui auraient aidé les nazis plutôt que de se révolter. Bien qu’imparfait, le film de Margarethe Von Trotta aura soulever un intérêt évident : le cas Hannah Arendt est passionnant.