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Critique : Happiness Therapy, de David O. Russell

Porté par un duo d’acteurs aussi inattendus que charmants, le délicieux Happiness Therapy est le fruit d’une déroutante manipulation. Explications.

 

Affiche du film Happiness Therapy, de David O. Russell
Affiche du film Happiness Therapy, de David O. Russell

 

La vie réserve parfois quelques surprises…
Pat Solatano a tout perdu : sa maison, son travail et sa femme. Il se retrouve même dans l’obligation d’emménager chez ses parents. 
Malgré tout, Pat affiche un optimisme à toute épreuve et est déterminé à se reconstruire et à renouer avec son ex-femme.
Rapidement, il rencontre Tiffany, une jolie jeune femme ayant eu un parcours mouvementé. Tiffany se propose d’aider Pat à reconquérir sa femme, à condition qu’il lui rende un service en retour. Un lien inattendu commence à se former entre eux et, ensemble, ils vont essayer de reprendre en main leurs vies respectives.

 

 

On aura lu tout et son contraire à propos d’Happiness Therapy (Silver Linings Playbook dans sa version originale), fort de huit nominations aux Oscars et chouchou des Weinstein bro. Quand le public de Toronto (où le film est présenté en avant-première mondiale) applaudit à tout rompre, la critique américaine hésite entre le nouveau bijou que certains iront jusqu’à qualifier de renouveau pour la rom-com US, et la belle arnaque faussement comique, qui puise dans le drama toute sa sensibilité accouplée à deux-trois sourires bien sentis. De quoi en faire une comédie dramatique qui n’en est pas une, mais qui en porte pourtant les attirails. Alors qu’est-ce que cet Happiness Therapy, qui en France a subitement moins charmé les critiques, trop rarement en admiration devant ce que les Américains récompensent à tour de bras ?

 

Extrait du film Happiness Therapy (2013)
Extrait du film Happiness Therapy (2013)

 

Happiness Therapy, c’est avant tout un antidépresseur de choc. Malgré son scénario extrêmement prévisible, voir un poil longuet (deux heures pour une comédie, c’est une prise de risque qu’il faut savoir mesurer), on se trouve en présence d’un film qui fonctionne à tous les niveaux. On en connaît l’issue et pourtant, nombreux sont ceux (dont moi, inutile de se cacher derrière les mots) qui tombent dans le panneau et sont à deux doigts (voir moins) de lâcher une petite larmichette lorsque… bref, vous connaissez la fin. Alors pourquoi ? Parce que David O. Russell (Fighter) est un petit génie, extrêmement malin et manipulateur dans son sens de la mise en scène. Sa technique ? Faire monter crescendo son récit, en jouant avec une caméra constamment en mouvement, des plans rapides et fluides, et des dialogues ténus où l’on frôle à plusieurs reprises la cacophonie. Par ce biais étrangement agaçant il faut le reconnaître, David O. Russell va en tirer une émotion qu’on ne peut ressentir au premier abord. Le spectateur est agacé, dérouté, pendant que monte en lui une étrange sensation de tension. Le metteur en scène nous mène à la baguette, et c’est là que le chef d’orchestre joue de ses multiples talents. En ralentissant, il appuie sur une autre émotion, beaucoup plus humaine, moins traite puisque bien plus visible. Capable de nous décrocher un sourire comme une larmichette en un tour de main, le petit jeu pervers orchestré par David O. Russell fonctionne jusqu’au bouquet final. En construisant son édifice sur des oppositions constantes (Pat face à ses parents, Pat face à la société, Pat face à ses démons, son passé, Tiffany… et que dire de cette dernière), il va éclaircir son puzzle dans des artifices traditionnellement équivalents à de grosses ficelles désagréables, pour mieux nous ramener sur le droit chemin.

 

Extrait du film Happiness Therapy (2013)
Extrait du film Happiness Therapy (2013)

 

 

Tout bien réfléchi, Happiness Therapy est bien plus original dans son squelette narratif sublimé par un sens de la mise en scène, qu’il n’y paraît. Il faut avouer que David O. Russell a su capter par ce récit l’improbable complicité qui va naître des deux personnages (Pat et Tiffany, que tout semble opposer sur le papier si ce n’est qu’une forme de folie habite ces deux jeunes adultes) et donc par conséquent, des acteurs. Bradley Cooper est un véritable nounours rempli de bons sentiments, un homme torturé par l’amour, qui tente de se reconstruire en fixant un objectif qu’il devrait pourtant désavouer. Dans le registre émotionnel, on lui découvre des qualités jusqu’ici trop rarement exploitées, lui qui brillait jadis dans la saga Very Bad Trip (en attendant le 3ème épisode). De l’autre côté, Jennifer Lawrence est la dose de spontanéité et de sensualité (parce qu’il faut l’avouer, JLaw est magnifique) qu’il fallait, une sorte de nymphomane ardente qui ne demande que tendresse et stabilité. De ces deux acteurs va naître une alchimie que l’on aurait difficilement imaginée. Elle le garçon manqué que les codes d’Hollywood ont dénoncé avant de les adopter. Lui, le beau gosse ultra sensible mis à mal par sa bipolarité. Une synergie vient de naître devant la caméra de David O. Russell. Chaque face à face entre les deux protagonistes est un rayon de soleil. Le duo s’en servira jusqu’à une scène finale pleine d’eau de rose qui finalement, apparaît comme une sorte de délivrance.

 

 

L’avis : Etrange rom-com forcement dramatisée, Happiness Therapy est un objet rare qu’on aurait bien tort de jeter à la poubelle. Sublimé par un certain sens de la mise en scène qui n’existe que trop rarement dans ce genre grand public, le film fonctionne autant grâce à son chef d’orchestre (David O. Russell) que par ces acteurs (Bradley Cooper et Jennifer Lawrence) dont l’alchimie ne peut que émouvoir et donner le sourire. On touche alors du doigt une finalité bien trop rare dans la jungle des traditionnelles comédies dramatiques, et en même temps une étrange sensation de s’être fait berner.