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Critique : Hasta la vista, de Geoffrey Enthoven

Déjà considéré comme le « Intouchables belge », Hasta la vista séduit par son propos original son humour comme son émotion. Un pèlerinage pour le moins passionnant et immanquable.

 

 

Affiche du film Hasta la vista, de Geoffrey Enthoven
Affiche du film Hasta la vista, de Geoffrey Enthoven

 

 

Trois jeunes d’une vingtaine d’années aiment le vin et les femmes, mais ils sont encore vierges. Sous prétexte d’une route des vins, ils embarquent pour un voyage en Espagne dans l’espoir d’avoir leur première expérience sexuelle. Rien ne les arrêtera… Pas même leurs handicaps : l’un est aveugle, l’autre est confiné sur une chaise roulante et le troisième est complètement paralysé.

 

 

Alors que son compatriote flamand Bullhead a séduit toute la critique, Hasta la vista et ses couleurs chatoyantes lui emboîtent le pas. Pourtant le sujet est complètement différent, pour un résultat tout aussi ressemblant : ils ont notre coup de cœur en commun. Avant de débarquer sur les écrans français, le film de Geoffrey Enthoven a séduit un autre grand cinéaste français, légérement tombé en désuétude ces dernières années, au point de ne regarder que son nombril (et quel nombril!). Claude Lelouch a lui aussi été touché par cette quête du désir qui amène trois jeunes handicapés à effectuer un pèlerinage en Espagne pour mettre fin à leur virginité. Un pitch original mais tout aussi casse-gueule tant l’histoire pouvait amener à des facilités et surtout déclencher une violente compassion à l’égard de ces trois jeunes. Il n’en sera rien ou presque, tant le film maîtrise son sujet avec sincérité et puissance, sur son ensemble.

 

 

Extrait du film Hasta la vista (2012)
Extrait du film Hasta la vista (2012)

 

 

De la compassion, le film n’en manque pas. Mais celle-ci n’a absolument rien de péjorative, elle ne va jamais réellement nuire au récit. On s’attache à ces trois jeunes qui jouent brillamment leurs rôles très difficiles, avec une crédibilité infaillible. Forcément, leurs conditions amènent à une réflexion de notre part, à une remise en question de notre statut, de nos possibilités physiques. Le propos du film est de les mettre constamment à l’égal de l’homme dit « normal », en très bonne santé, sur ses deux jambes. Ainsi, comme tout être normal, l’homme handicapé est aussi guidé par un désir sexuel, des pulsions amoureuses. Aucun traitement de faveur ne sera fait, le film de Geoffrey Enthoven a décidé de prendre le taureau par les cornes et d’affronter son sujet de face, sans passer par des raccourcis mielleux.

 

Hasta la vista raconte et montre la maladie et le handicap de manière frontale, sans aucune barrière. Et c’est là qu’apparaît le fameux lien avec nos Intouchables français. Jouer la carte du naturel, sans aucune différence entre les hommes, pas de pitié ni de larmoyant trop facile, juste une réalité qui frappe l’esprit de la manière la plus simple et pertinente possible. Pour son film, Enthoven a choisi d’alterner entre humour potache, blague de jeunes, et sincérité émouvante ou réalisme de l’handicap. Il y autant de scènes fortes à vous nouer la gorge que de fous rires savamment orchestrés. L’intégralité du film baigne dans une sincérité à vous hérisser les poils, agrémenté d’un optimisme qui fait plaisir à voir dans un contexte extérieur si difficile. Ce combat de trois jeunes remet le spectateur à sa place et on en sort forcément différent. Hasta la vista ne souffre d’aucune longueur, et sa compassion ambiante devient une arme au lieu d’être ce poids qui aura fait plonger le film dans un ennui palpable. Une réussite !

 

 

L’avis : Entre émotion et sessions de sourires bien senties, Hasta la vista touche autant par son propos que par sa mise en scène et ses choix de thématiques.