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Critique : Henri de Yolande Moreau

Tendresse, douceur et mélancolie, c’est le cocktail que propose Yolande Moreau.

 

Affiche du film Henri de Yolande Moreau (2013)
Affiche du film Henri de Yolande Moreau (2013)

Après s’être essayée à la co-réalisation une première fois avec Quand La Mer Monte (ce qui s’était révélé probant vu les 2 Césars récoltés), Yolande Moreau franchit cette fois-ci le pas de la réalisation toute seule. Et, une fois de plus, le résultat est concluant.

 

Henri (Pippo Delbono) c’est un italien immigré en Belgique depuis des années qui tient son petit resto avec sa femme (Lio, très juste). Quand celle-ci meurt d’un malaise en voiture, il se retrouve seul pour gérer son affaire et se voit donc obligé d’engager quelqu’un pour l’aider. Pas très loin de chez lui se trouve un centre pour personnes handicapés et, comme ça coute moins cher d’après sa fille, il va donc en engager une (Miss Ming).

 

Cette seconde réalisation de Yolande Moreau est une réussite. Elle raconte une histoire qui a pas mal de points noirs mais qui, malgré tout, montre plusieurs très jolis moments également. Car même si il y a beaucoup de tristesse, de déception, de détresse, les protagonistes ont aussi leurs moments de joie. Le fait que ça parle de handicap est aussi un des points importants. Le film, tout comme le très beau Gabrielle également découvert au FIFF, démontre que le handicap n’est pas une différence. Handicap ou pas, on peut tous vivre ensemble, travailler ensemble et même s’aimer. D’ailleurs, le handicap n’est pas le sujet principal. La vraie histoire, c’est celle d’Henri.

 

Extrait de Henri de Yolande Moreau (2013)
Extrait de Henri de Yolande Moreau (2013)

La mise en scène est relativement sobre. Yolande Moreau n’essaie pas de faire dans l’expérimental. Elle fait dans la sobriété et le classique. Et c’est tout ce qu’on demande. Cela fonctionne très bien et donne un résultat brut difficile, pur, agréable et nécessaire au film. Sans ce classicisme, l’impact serait bien moindre sur le spectateur. On tomberait alors dans un exercice de style vain et inutile qui cacherait le vrai sens du film. Moreau ne tombe jamais dans le voyeurisme ou le larmoyant à outrance. Elle n’est pas non plus dans les clichés sur le handicap même si, parfois, c’est cru. C’est seulement simple et juste. Rien de plus. De la même manière, le portrait du contexte socio-économique de la région est bien brossé. De nouveau, il n’y a pas de clichés ni de misérabilisme.

 

Ce qui est bien également, c’est que les traits d’humour et d’esprits typiques du style de Yolande Moreau se retrouvent distillés avec tendresse et poésie pendant tout le film. Ce n’est pas la grande rigolade vu le contexte du film mais force est de constater que cela remplit son objectif. Les petites piques lancées par les différents personnages sont même essentielles au rythme et au ton.

 

Pour résumer, Henri est une réalisation réussie de par son côté qui touche le spectateur, le fait rire parfois et est criant de justesse et simplicité.