Critiques de films, Drame

Critique : Historias, de Julia Murat

Faute d’une histoire bien entraînante, Historias reporte sur sa photographie la beauté intérieure de ses personnages. Une œuvre suffisamment touchante pour convaincre.

 

 

Affiche du film Historias, de Julia Murat
Affiche du film Historias, de Julia Murat

 

Comme chaque matin, Madalena pétrit et cuit le pain pour la boutique d’Antonio. Comme chaque jour, elle traverse la voie de chemin de fer désertée par les trains depuis de longues années, nettoie la porte du cimetière condamné, va écouter le sermon du prêtre puis prend le déjeuner avec les autres habitants de Jotuomba. Se raccrochant à la mémoire de son mari défunt, vivant dans ses souvenirs, Madalena est rappelée à la vie lorsque Rita, une jeune photographe, débarque dans cette ville fantôme où le temps semble s’être arrêté.

 

Le temps qui passe et l’éternelle ronde de la mort. Julia Murat réalise pour son premier film une œuvre coincée entre le documentaire et le réalisme fantastique tout droit venu d’un After Life de Kore-Eda. Son Historias séduit pour son attirant sens de la photographie – capter des endroits particuliers pour mieux parler au spectateur. Il déçoit dans cette rythmique insolente, métaphore d’un temps qui passe comme dans une sorte de temporalité double. Une langueur difficile à supporter surtout que l’histoire ne raconte finalement pas grand-chose d’exceptionnel. La simplicité nous vient de cette communauté de personnes vivant recluses dans la vallée de Paraiba, une région proche de Rio de Janeiro où la crise du café et la fermeture de l’unique ligne ferroviaire ont cloîtrées les populations y vivant. Cette communauté soudée est symbolisée par le fait que si l’un d’eux meurt, c’est toute cette communauté qui s’arrêtera de vivre. Alors dans ce minuscule village, le temps s’est arrêté. Débarque alors une jeune fille en plein road-trip, passionnée de photographie. Avec son arrivée, le film gagne en allégorie et multiplie les thématiques intéressantes. Une réflexion sur la vie et l’existence dans un choc de générations et de cultures.

 

Extrait du film Historias (2012)
Extrait du film Historias (2012)

 

La force de l’âge et la faiblesse inhérente qu’on essaye de cacher, face à la jeunesse fragile et innocente. Julia Murat arrive à en tirer le meilleur, change ses cadres fixes et ennuyeux et troque cela pour une mise en scène plus fluide, allégorique (la photo aide) et sublime la prestation touchante de Sonia Guedes en femme isolée, fuyant un passé qu’elle tente de conserver dans des lettres écrites quotidiennement, tout en refusant la mort qui forcément devra l’atteindre un jour. Entre prise de conscience et nouveaux sentiments, cette femme réussira à changer sa vision de la vie, ce dont on se doute depuis le début. Relativement prévisible, Historias n’en reste pas moins attachant et finit par séduire par sa petite plastique amateure pour le moins intéressante.

 

 

L’avis : D’une langueur hésitante, Historias se double d’une réflexion sur le temps qui passe et l’existence d’une âme dans un corps. La rencontre de deux générations que tout oppose et voici un film transformé dans sa beauté intérieure, sublimé par la photo et le cadre chatoyant et non dénué d’allégorie, du décor brésilien.