Biopic, Comédie, Critiques de films, Romance, Thriller

Critique : Hitchcock de Sacha Gervasi

Biopic hommagieux au maître du suspense, Hitchcock est, à défaut d’être passionnant, un long-métrage admiratif, conceptuel et sans aucun doute, convenu.

 

Affiche du film Hitchcock de Sacha Gervasi
Affiche du film Hitchcock de Sacha Gervasi

 

Alfred Hitchcock, réalisateur reconnu et admiré, surnommé « le maître du suspense », est arrivé au sommet de sa carrière. A la recherche d’un nouveau projet risqué et différent, il s’intéresse à l’histoire d’un tueur en série. Mais tous, producteurs, censure, amis, tentent de le décourager. Habituée aux obsessions de son mari et à son goût immodéré pour les actrices blondes, Alma, sa fidèle collaboratrice et épouse, accepte de le soutenir au risque de tout perdre. Ensemble, ils mettent tout en œuvre pour achever le film le plus célèbre et le plus controversé du réalisateur : PSYCHOSE.

 

 

Chez un biopic, plus que dans n’importe quel autre genre, on se doit d’être habité. De l’acteur principal au scénario en passant par le réalisateur et son ingé son. En façade, on se tient devant un genre apparemment plus simple, puisqu’il suffirait bêtement de reprendre ou adapter trait pour trait une histoire passée, au préalable déjà écrite. Hitchcock semble être concerné par ce cas de figure, puisque déjà adapté du roman Alfred Hitchcock and the Making of Psycho de Stephen Rebello, en plus de dessiner le portrait d’un cinéaste fondamental, voir presque intouchable. Ce qui rend le projet un poil plus excitant. Devant la caméra, un novice en grosse production hollywoodienne (il n’a réalisé qu’un (mais très bon) documentaire) habitué à être un homme de l’ombre (scénariste du Terminal de Spielberg). Inspiré par ses pairs et son sujet, Sacha Gervasi va livrer une comédie cinéphile révérencieuse dont le seul véritable intérêt cinéphilique sera d’apprécier la belle photographie en Scope. Au-delà du divertissement agréable que peut procurer cette reconstitution du Hollywood de l’époque, Hitchcock ne sait jamais vraiment se placer, on en veut pour preuve cette musique omniprésente de Danny Elfman, une sorte d’ersatz burtonien qui se voudrait hitchcockien (il a bossé sur le remake de Van Sant) comme la mise en scène le souhaiterait. Gervasi est, à l’instar de son compositeur, un spectateur fasciné, respectueux, et trop sage. Au point de faire de ce pseudo biopic hitchcockien (mise en tension, jeu de regards et choix de cadres) une sombre histoire à l’eau de rose qui dénoncerait naïvement le manque d’indépendance des grandes productions hollywoodiennes de nos jours. Sauf que Gervasi, aussi talentueux puisse-t-il être, s’est laissé prendre à son propre piège en signant un biopic sirupeux qui cherche l’Oscar à chaque scène, pourvu que l’on se mette à fantasmer sur Alfred Hitchcock. Son seul fait d’arme serait simplement de donner l’envie immédiate de se refaire une bonne partie de la filmographie prolifique du maître.

 

Extrait du film Hitchcock (2013)
Extrait du film Hitchcock (2013)

 

Rentrant dans un jeu de performance dès la première scène, le film se tortille entre la mise en abîme, l’étude cathartique de son personnage principal plus atteint qu’on veut bien le croire, et l’étrange relation qui unit le cinéaste à sa femme muse et dominatrice. Pour terminer sur un final convenu qui vient briser les quelques bonnes idées distillées ici et là. Hitchcock voudrait absolument reposer sur l’idée de performance, à savoir celle d’Anthony Hopkins, qui croit trouver dans cette diction mimétique, une porte de sortie salvatrice. Étouffé dans ce costume rondouillard dans lequel il invite le spectateur, Hopkins s’est cantonné dans l’acting, perdant la saveur d’un personnage qu’on pense être finalement insaisissable. Pas de thèse étrange, pas d’engagement sur la personne (si ce n’est ce portrait sublimé d’Alma Reville pour nous amener au petit texte final rappelant la grande récompense reçu par le cinéaste par l’AFI et qu’il dédia à sa femme dévouée). Au point de rendre la prestation de l’excellente Helen Mirren (The Queen) aussi conforme que magnifique. L’actrice britannique est d’une justesse incroyable, jamais dans la retenue, ni l’admiration. Elle incarne plus qu’elle n’imite. L’omniprésence quasi étouffante d’Hopkins qui oppresse plus qu’il ne fascine ici, force à saluer les seconds rôles. Scarlett Johansson (Janet Leigh), Jessica Biel (Vera Miles) ou même Toni Collette (Peggy, la secrétaire) affichent autant de glamour que d’intérêt, ce qui laisse un arrière goût d’inachevé tant on aurait aimé en voir plus d’elles. James d’Arcy est tout proche de conférer un Perkins l’idéal aussi niais qu’insupportable, alors qu’à l’instar du grand Anthony Hopkins, on continue à voir l’acteur plus que le personnage. Ce qui reste à mon sens l’un des pires défauts du genre biopic.

 

Extrait du film Hitchcock (2013)
Extrait du film Hitchcock (2013)

 

 

L’avis : Sans grande idée directrice ni folie, ce convenu Hitchcock aura au moins l’audace de divertir en façade, alors que la déception prend très vite le pas lorsque l’on rentre dans les détails et l’amoncellement de clichés. Anthony Hopkins s’embourbe lui dans un idéal de la performance qui manque cruellement de justesse, alors qu’Helen Mirren se détache pour avoir su conférer à son personnage, une réelle dimension attachante. Hitchcock est finalement à l’image de son acteur principal, trop sérieux et plus attaché à faire dans le cérémoniel que dans l’incarnation.