Biopic, Critiques de films

Critique : Howl, de Rob Epstein et Jeffrey Friedman

Campé par un James Franco tout droit sorti d’une campagne publicitaire pour une grande marque de mode rétro, Allen Ginsberg renaît de ses cendres et lance son flow poétique à en faire jouir nos hipsters modernes dans le biopic Howl. Convaincant pour autant ?

 

 

Affiche du film Howl, de Rob Epstein et Jeffrey Friedman
Affiche du film Howl, de Rob Epstein et Jeffrey Friedman

 

 

En 1957, l’éditeur du poète américain Allen Ginsberg est poursuivi en justice à la suite de la publication du poème « Howl » considéré comme obscène. Peu connu à l’époque, l’auteur devient rapidement un des personnages marquants de la contre-culture américaine.

 

 

Allen Ginsberg. Son nom n’évoque probablement rien au néophyte qui se tient éloigné des cercles culturels et des thématiques qui en ressortent et ont marqués le siècle dernier. En somme, connaître Allen Ginsberg comme connaître Jack Kerouac ou Burroughs revient à dire qu’on est plutôt calé en contre-culture d’après-guerre. Si seulement. Allen Ginsberg est l’un des piliers fondateurs de la Beat Generation, un mouvement artistique -et notamment littéraire- qui inspira celui des hippies quelques années plus tard. Pour ce biopic qui lui est entièrement consacré, Ginsberg est le sujet d’une véritable apologie de la contre-culture, celle qui aujourd’hui peine tellement à se faire un nom, puisqu’elle plonge aussi rapidement qu’elle est apparue, dans le mainstream. Alors, sous ses airs nostalgiques et à destination des pseudos hipsters de classe moyenne supérieure qui s’auto-congratulent, Howl fait revivre le mythe Ginsberg et l’esthétise.

 

Extrait du film Howl (2012)
Extrait du film Howl (2012)

 

 

Rob Epstein et Jeffrey Friedman – des cinéastes indépendants défenseurs de l’homosexualité au cinéma – ont voulu donner une enveloppe charnelle et physique à leur film. Howl se présente ainsi sous trois étages qui se croisent sans s’entrechoquer. La partie la plus pertinente et qui propose une réflexion invitant au débat, est celle du procès de 1957, intenté au livre pour obscénité. S’opposent alors l’éditeur du livre et un penchant plus conservateur et conformiste, peu enclin à ouvrir les vannes du langage à ces mots nouveaux, qui prennent un sens particulier dans les poèmes de Ginsberg, si incompréhensibles soient-ils parfois. Cette partie intéresse tout particulièrement la réflexion lorsque les avocats et experts débattent sur la littérature et la portée d’une œuvre, à partir de quel moment peut-on parler d’une véritable œuvre littéraire, sa forme originale et quel place doit-on accorder aux mots, aussi obscènes soient-ils sur le papier. Ce procès captive, et comme cela est si bien dit, il fera une très belle publicité à Ginsberg et à la Beat Generation montante. La seconde partie est plus sensorielle et incongrue. Les deux réalisateurs et scénaristes proposent des séquences d’animation inspirées par les poèmes de Ginsberg, et laissent alors libre court à la liberté d’expression, à l’interprétation des mots et à l’imaginaire. Cela donne des séquences pour le moins surprenantes, qui peinent parfois à être l’écho des mots de Ginsberg, mais qui ont au moins l’audace de proposer une forme à des longues phrases qui n’ont parfois aucun sens à l’écoute, si bien que ces vers sont contraints à la répétition. Enfin la troisième partie, c’est cette sorte d’interview d’Allen Ginsberg -toujours interprété par un James Franco très étonnant- qui explique son histoire, l’origine de son œuvre. Et s’il apparaît égocentrique au départ, cette interview justifie le point du vue du film, ne cesse de sublimer un auteur difficilement compréhensible et font l’éloge d’une contre-culture oubliée. Howl incarnait cette pensée et entrera dans l’Histoire. Le Ginsberg du film, incarné par James Franco semble une sorte d’icône de la mode gay, comme l’incarnait un Colin Firth méconnaissable dans A Single Man de Tom Ford. Un défilé de belles lunettes et d’images esthétisés entre le noir et blanc vieillissant et rétro, une belle photographie et les poses qui vont avec. Le film se ponctue sur les traditionnelles informations vitales, sur qui devient quoi, qui meurt quand et comment. Le traditionnel défaut du biopic qui aurait pu être éviter ici, tant il dessert tout le travail audacieux du film.

Howl lance la résurrection du mouvement beat avec ce biopic sur Ginsberg. Un fait confirmé par le prochain film Sur la route, adaptation de Jack Kerouac par Walter Salles, avec un casting aussi alléchant qu’actuel, entre Kristen Stewart (ado vampirisée dans Twilight), Sam Riley (le Ian Curtis de Joy Division dans Control), Garrett Hedlund (le fils bafoué de Tron: L’Héritage), Kirsten Dunst, Amy Adams, Viggo Mortensen ou encore Tom Sturridge (le puceau de Good Morning England).

 

 

L’avis : Howl est une étonnante expérience picturale et sensorielle, bondissant sur la prose de Ginsberg. A défaut d’être un film totalement compréhensible, il propose un débat et une vision dévouée corps et âme au poète disparu, qui manquent aux hipsters d’aujourd’hui.