Aventure, Critiques de films

Critique : Hugo Cabret, de Martin Scorsese

Parenthèse dans une carrière riche et somptueuse, Martin Scorsese s’offre un conte en 3D qui traverse les générations et rend hommage au passage à Georges Méliès, une autre grande figure du septième art.

 

Affiche du film Hugo Cabret, de Martin Scorsese
Affiche du film Hugo Cabret, de Martin Scorsese

 

Dans le Paris des années 30, le jeune Hugo est un orphelin de douze ans qui vit dans une gare. Son passé est un mystère et son destin une énigme. De son père, il ne lui reste qu’un étrange automate dont il cherche la clé – en forme de cœur – qui pourrait le faire fonctionner. En rencontrant Isabelle, il a peut-être trouvé la clé, mais ce n’est que le début de l’aventure…

 

 

C’était le bon moment pour Scorsese. Après ses deux couples différents avec Robert de Niro (Raging Bull, Mean Streets, La Valse des Pantins…) et Leonardo DiCaprio (The Aviator, Les Infiltrès, Shutter Island…), le maestro avait probablement envie d’une pause, une parenthèse. Et comme ce dernier n’a presque plus à prouver, il s’est aventuré à ce qu’il n’avait pas fait jusqu’ici : la nouvelle technologie avec la 3D –pourtant déjà habitué à un certain esthétisme dans ses précédents films- et le divertissement pour enfants. Son film se découpe très nettement en deux parties : en premier lieu,  une aventure, qui met en scène le petit Hugo à la recherche de la pièce manquante à ce fameux automate, dernier objet qui lui reste de son père (joué par Jude Law, qui n’est pas sans rappeler son rôle paternel dans A.I. dans un tout autre registre). En second lieu, et objet qui n’occupe pas moins de 70 % du film, un vibrant hommage à un de ses mentors artistiques, un certain Georges Méliès, père des effets spéciaux, et spécialiste du rêve en cinéma. En prime, Martin Scorsese en a profité pour en mettre des tonnes sur son hommage à Méliès. On connaissait déjà sa fondation pour la préservation des films anciens, autant dire qu’il s’est offert avec Hugo Cabret un bel espace de publicité pour celle-ci. Dans Hugo Cabret, Martin Scorsese a fait plus que réaliser un film-divertissement. Il nous montre ici sa volonté de recréer, fait vivre son art, et surtout le transmettre, en prenant Georges Méliès, son modèle, comme objet de mémoire.

 

Extrait du film Hugo Cabret (2011)
Extrait du film Hugo Cabret (2011)

 

Outre l’aventure et l’hommage que nous pouvons admirer dans cet Hugo Cabret physiquement attrayant, Martin Scorsese dote son film de multiples thématiques, que ce soit le noyau familial, la vie de l’orphelin, le courage et l’amour à toutes les sauces. Hugo Cabret est bien une grande lettre d’amour au cinéma (l’une des plus belles vues ces dernières années), mais c’est aussi un conte de Noël, comme rarement nous en avons face à l’écran. Martin Scorsese s’est tenté à l’expérience 3D, et prouve sa connaissance de l’art en maitrisant son outil. Il se sert des profondeurs (comme un certain Méliès), multiplie –et presque abuse- de contre-plongée ou de plan en hauteur. Du coup, sa 3D est agréable, on assiste à un Paris esthétique et grisant, même si la Tour Eiffel semble fait la même taille que cette fameuse tour qui domine la gare où vit Hugo.

 

Extrait du film Hugo Cabret (2011)
Extrait du film Hugo Cabret (2011)

 

Mais Hugo Cabret nous touche également avec autant de puissance, c’est aussi grâce à sa distribution. Présent –et flippant- dans Shutter Island, Ben Kingsley incarne un Méliès juste et émouvant, heureux d’être dans un rôle si particulier, là à interpréter un grand génie du septième art. Il se fait pourtant voler la vedette par nos deux jeunes héros. Tout d’abord, un Asa Butterfield (Hugo) qui tient ici son premier rôle, après s’est échauffé dans la série Merlin, ou dans des longs comme Nanny McPhee et le big bang, et Wolfman. Scorsese capte toute la puissance du regard d’Asa Butterfield et sublime le gamin et sa sincérité. Ce dernier donne la réplique à une des jeunes espoirs du cinéma, à savoir Chloé Moretz (Kick-Ass, Laisse-moi entrer). Enfin, citons la prestation de Sacha Baron Cohen en chef de gare terriblement attachant, loin d’être donc un rôle anodin, parce qu’il permet de faire percuter et croiser les fameuses thématiques évoquées dans cet Hugo Cabret.

 

L’avis : Quand un génie rend homme à un autre génie du septième art, cela donne Hugo Cabret, une aventure-hommage qui rassemble petits et grands. Entre émotions et fascination, Martin Scorsese gagne son pari et nous étonne encore.