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Critique : Insensibles, de Juan Carlos Medina

Dans la lignée d’auteurs perfectionnistes du cinéma fantastique ibérique, Juan Carlos Medina signe Insensibles, une fresque tout aussi sublime que poignante.

 

Affiche du film Insensibles de Juan Carlos Medina
Affiche du film Insensibles de Juan Carlos Medina

 

A la veille de la guerre civile espagnole, un groupe d’enfants insensibles à la douleur est interné dans un hôpital au cœur des Pyrénées.
De nos jours, David Martel, brillant neurochirurgien, doit retrouver ses parents biologiques pour procéder à une greffe indispensable à sa survie. Dans cette quête vitale, il va ranimer les fantômes de son pays et se confronter au funeste destin des enfants insensibles.

 

 

Dans un pays actuellement en crise, le regard de Juan Carlos Medina sera celui de l’optimisme, à l’image de son long métrage, Insensibles. Une fresque qui traverse plusieurs décennies, de la guerre civile espagnole à nos jours. Dans cette co-production franco-espagnole – sans financements français, le film n’aurait probablement jamais vu le jour – Insensibles rejoue une nouvelle fois les codes inhérents au genre fantastique espagnol, le même que Guillermo Del Toro glorifiait dans L’Echine du Diable en 2001, puis dans le sublime Labyrinthe de Pan en 2006. Insensibles est donc une histoire qui trouve son fondement dans la nécessité de regarder son passé au travers de la terrible Guerre civile sous la période franquiste, via le regard d’enfants (l’enfant est un véritable symbole en Espagne) et jouer avec la fine frontière entre réalité et imaginaire fantastique. Ce qui n’est pas sans rappeler L’esprit de la ruche, chef-d’œuvre que Victor Erice signa en 1973. Un héritage loin d’être pesant pour les épaules de Medina, lequel affiche sa filiation, tout en racontant une histoire sublime à tous les niveaux.

 

Extrait du film Insensibles (2012)
Extrait du film Insensibles (2012)

 

 

En s’inscrivant dans la lignée des Guillermo Del Toro, Juan Antonio Bayona, Jaume Balaguero, Kike Maillo ou encore Jaume Collet-Serra, Juan Carlos Medina s’offre avec Insensibles un premier long métrage remarquable et tout aussi époustouflant que ceux livrés dans nos prédécesseurs. Son histoire s’arc-boute autour du thème de l’insensibilité d’enfants, une thématique à la fois profondément spirituelle et néanmoins actuelle par l’allégorie que le film veut mettre en avant. Cette insensibilité à priori physique sera opposée à celle des sentiments. Ou comme un enfant tente d’imager son ressenti, ce qu’il peut éprouver comme douleur. Tout cela passe par un sublime travail sur le regard, à l’instar de la très métaphorique scène finale. Parallèlement à cette histoire ancrée dans le passé, le récit nous ramène à nos temps actuels, où un homme s’apprêtant à être père, effectue une quête initiatique, ravivant les fantômes de ses parents afin de découvrir le mystère entourant ses origines. Le scénario, finement construit, empêche tout aspect prévisible, traversant diverses émotions pour répondre aux besoins d’une histoire forcément poignante. Juan Carlos Medina s’appuie sur un sens de la mise en scène aiguisé, joue sur les lumières, subliment les décors et montre d’une justesse incroyable dans le choix de ses cadres. Un travail minutieux salué par la prestation des acteurs, et notamment des enfants, impeccablement dirigés.

 

Extrait du film Insensibles (2012)
Extrait du film Insensibles (2012)

 

L’avis : Insensibles est une sublime fresque historico-dramatique teintée de fantastique, hommage à un cinéma espagnol toujours aussi riche et objet unique de par son histoire. Un récit poignant porté par des acteurs investis et sublimé par une technique indéniablement bourrée de qualités.