Critiques de films, Drame, Romance

Critique : Insolation, de Felipe Hirsch et Daniela Thomas

Jeu de contraste et froideur géométrique se couplent dans l’inaccessible Insolation, sorte de démonstration sur la complexité amoureuse. A défaut d’être original, il reste un film intelligent.

 

Affiche du film Insolation, de Felipe Hirsch et Daniela Thomas
Affiche du film Insolation, de Felipe Hirsch et Daniela Thomas

 

 

Sors ta science, chéri. Insolation raconte des histoires d’amour impossible. « L’amour et la perte. Surtout la perte ». comme le dit un des personnages. Dans une ville déserte brûlée par le soleil, la fièvre de l’insolation se mêle à la naissance fragile de la passion. Comme des fantômes, les personnages errent entre immeubles et terrains vagues, à la recherche d’un amour inaccessible.
Librement inspirées de contes russes du 19ème siècle, les histoires se mêlent et se démêlent dans la ville improbable de Brasilia, miroir déformé de l’utopie soviétique, érigée en plein milieu du désert brésilien. Paul José, acteur dont la vie est étroitement liée à l’histoire du cinéma brésilien, interprète le rôle d’Andrei, témoin nostalgique de ces histoires.

 

Extrait du film Insolation (2012)
Extrait du film Insolation (2012)

 

L’amour inaccessible comme porte d’entrée à cet Insolation, long métrage langoureux et suave réalisé par Felipe Hirsch (son premier long) et Daniela Thomas (fidèle co-réalisatrice de Walter Salles). Sur le papier, Insolation intrigue malgré une thématique largement rabattue dans le temps. Subtil et intelligent à la fois, ce film s’aventure en dehors des sentiers battus et propose une vision originale, à défaut d’être celle d’un classique que l’on retiendra. Cette réflexion sur les sentiments amoureux et la définition d’un amour utopique se joue dans un Brasilia fantomatique et chaud dont la froideur des constructions symétriques de la Russie soviétique force un premier contraste qui en appelle d’autres, tant Insolation est un film sur les opposés. Le froid face au chaud, l’amour face à la haine, la vie face à la perte… et des personnages pour l’exprimer d’une façon assez théâtrale, comme s’ils sortaient tout droit d’un conte bergmanien. Des oppositions constantes, Insolation en tire une lenteur déroutante et un hermétisme que seul les amateurs de l’art plastique au cinéma pourraient trouver génial. Il en ressort un film à la beauté informelle très difficile d’accès, lourd et dont on ne voit pas toujours les tenants et les aboutissants. La réflexion se veut profonde, théorique, quitte à exclure le spectateur dont le cerveau sera obligé de tourner à plein régime afin de comprendre tout ce que ce riche film pourrait contenir. Inspiré de la dramaturgie théâtrale russe façon Tchékhov, Insolation ne joue pas seulement sur les dialogues et la narration (l’acteur Paulo José est bluffant). En effet, Felipe Hirsch et Daniela Thomas subliment leur œuvre en filmant le corps dans l’espace avec autant de pertinence que le mot. Le corps minuscule et allongé sur le sol sur un plan large, pour mieux illustrer l’impossible communication des sentiments. Les deux réalisateurs retrouvent ici nos fameux contrastes, utilisant la géométrie pour attirer notre œil fureteur.

 

L’avis : Lourd et pesant dans le traitement de sa thématique – des réflexions philosophiques sur l’amour, son utopie, ses déceptions -, Insolation étonne par sa beauté physique et son sens absolument irrésistible du travail sur le corps dans une géographie de l’espace, entre froideur et symétrie déroutante.