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Critique : J. Edgar, de Clint Eastwood

En grand cinéaste fasciné par les personnages complexes, héros américains ambitieux ou discrets, Clint Eastwood dirige pour la première fois le difficile Leonardo DiCaprio, dans la peau de J. Edgar Hoover, historique directeur du FBI.

 

 

Affiche du film J. Edgar, de Clint Eastwood
Affiche du film J. Edgar, de Clint Eastwood

 

 

Le film explore la vie publique et privée de l’une des figures les plus puissantes, les plus controversées et les plus énigmatiques du 20e siècle, J. Edgar Hoover. Incarnation du maintien de la loi en Amérique pendant près de cinquante ans, J. Edgar Hoover était à la fois craint et admiré, honni et révéré. Mais, derrière les portes fermées, il cachait des secrets qui auraient pu ruiner son image, sa carrière et sa vie.

 

 

Lorsqu’il parle de Politique ou d’Histoire, le cinéma se doit d’avoir un point de vue. Tout ce que n’a pas le dernier de Clint Eastwood, J. Edgar, un biopic très ample sur la vie de cet historique directeur du du BOI, futur Federal Bureau of Investigation (FBI), pendant près de 48 longues années. Celui qui a incarné la loi et la sécurité a vu passé huit présidents. Élevé selon des valeurs traditionnelles et conservatrices, Hoover a transmis ce soucis du détail au Bureau, poussant ses idées anticommunistes jusqu’à la paranoïa. Personnage ambitieux et adulé, il est aussi un mystère pour beaucoup, cachant à la fois son homosexualité prétendue, mais également des secrets bien plus lourds. Clint Eastwood attend alors la fin du film pour donner un véritable point de vue, montrant vaguement l’ambigüité du personnage. Retracer ainsi près de 50 ans de carrière dans environ une durée de 2h15 implique une vision concise et directe des faits historiques. Ainsi que quelques oublis, défaut récurrent des biopics historiques qui joue la carte de la globalité. La personnalité de J. Edgar Hoover est ainsi essentiellement centré sur sa relation avec sa mère (une très juste Judi Dench) avec qui il vit jusqu’à la mort de cette dernière en 1938, mais également sur son homosexualité supposée et fantasmée et ses sentiments qu’il éprouvait pour son bras droit au Bureau, Tolson (Armie Hammer). Hoover est au départ vu comme un anticommuniste virulent, amoureux de la trace ADN comme il est adepte du fichage massif. Le début du film est ainsi efficace, limpide, à l’image d’une citation représentant bien le génie visionnaire d’Hoover : « Imaginez que chaque citoyen soit identifiable par sa carte, son code, les empreintes de ses doigts. Imaginez à quelle vitesse nous retrouverions les criminels ». Précurseur, intelligent, leader, Hoover fascine et reste une figure respectée dans le métier de la sécurité intérieure. Si le rythme de ce J. Edgar est largement plaisant sur l’ensemble, quelques bavardages cassent le relief et ne permettent pas de pousser plus loin la psychologie de ce personnage controversé. Un qualificatif pas franchement souligné dans cette vision signée Eastwood.

 

Extrait du film J. Edgar (2012)
Extrait du film J. Edgar (2012)

 

 

Le réel intérêt de ce J. Edgar est bien la performance de Leonardo DiCaprio. De tous les plans, il essaye, non sans difficultés, de donner de l’immensité à son personnage, déjà complexe. Leonardo DiCaprio, adepte de la Méthode, qui consiste à s’insérer dans la peau d’un personnage aussi bien face à la caméra qu’en dehors du moteur, c’est-à-dire donc n’en sortir qu’une fois le film terminé. Une méthode de travail aussi utilisée par un certain Daniel Day Lewis, prochainement dans la peau d’un autre grand nom de l’Histoire politique américaine, Lincoln. Dans cette ambiance volontairement rétro, très sombre à l’image d’un gris prédominant, tout est fait pour servir Leonardo DiCaprio qui apparaît alors clairement dans la course à l’Oscar. Échec cuisant puisque l’intéressé a dû découvrir avec effroi la liste des nommés à l’Oscar du meilleur acteur 2012, liste dans laquelle son nom ne figure pas. Le problème ne vient pas de Leonardo DiCaprio, à mon sens, tout à fait juste dans son rôle. En revanche, rien dans son entourage ne permet d’embellir la prestation de l’acteur ou de la mettre en avant. Ni son bras droit dans la peau de Tolson, la valeur montante d’Hollywood, Armie Hammer. Ni la prestation dans un second rôle « spectateur » de Naomi Watts, secrétaire d’un jour. Hoover, et par là même, DiCaprio, est trop omniprésent, et son jeu stéréotypé, travaillé et esthétisé, desservant plus le film et frôlant l’overdose. Chaque personnage croisé dans le film est un regard de plus pour DiCaprio, au lieu d’être un réel acteur au service d’un ensemble. Un constat à l’image d’un film, également spectateur de son sujet. Eastwood se contente, dans un esthétisme old school et soigné, de raconter une histoire, en abusant de flashbacks, au départ correctement utilisés, mais qui perdent rapidement de leur intérêt. Il balaye d’un revers d’objectif la mort de JFK, évoquée en une minute montre en main, avant d’oublier d’évoquer les possibles liens d’Hoover avec la mafia, et à l’occasion, tous ses dossiers douteux –dont certains ont été récupérés comme indiqué par les lignes de conclusions, classique des films historiques. Alors pourquoi ? Le sujet est-il trop sensible ? Eastwood y croit-il réellement ? Le spectateur est en droit de se poser la question. Le constat est d’ailleurs le même sur le sujet de la sexualité, véritable fil rouge dans la seconde partie du film. Un sujet abordé sur la pointe des pieds, vite fait illustré par des mains qui se touchent ou encore un baiser volé. Le cinéaste, qui avait précédemment échoué dans le dramatique Au-delà, reste spectateur de son sujet et n’arrive que par de trop rares occasions, à le mettre en relief.

 

L’avis : Clint Eastwood signe une œuvre cinématographique ample, résumant 50 ans de l’Histoire politique américaine en racontant celle de John Edgar Hoover, directeur du FBI pendant 48 années consécutives. Il en oublie le principe du point de vue, crucial dans ce genre, et finit par rendre une copie plutôt moyenne, concise et plate, loin d’être aussi incisive que ne l’est l’histoire de ce personnage bien à part dans l’Histoire des Etats-Unis.