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Critique : Jason Bourne – L’Héritage, de Tony Gilroy

Si tout n’est pas à jeter dans ce reboot/spinoff, l’Héritage semble légèrement taxé de tout ce qui faisait un Jason Bourne de la trilogie originelle. Autrement dit, une bombe. Un très gros gâchis.

 

 

Alors que Jason Bourne réapparait aux Etats-Unis pour mettre un point final à tout ce qui le lie à « Treadstone », ses agissements mettent à découvert un autre programme de recherches et formations secret, « Outcome ». La CIA, de peur d’être liée à ces affaires douteuses décide de mettre un terme aux avancements de ce programme. Quitte à exécuter les agents engagés. Aaron Cross, le n°5, décide de survivre.

 

Ci-dessus, un court résumé de ce qu’était censé être le nouvel épisode de la saga Jason Bourne, débutée en 2002. Un thriller intelligent et nerveux, doté d’un scénario tortueux et bétonné. Les attentes étaient grandes, l’impatience au summum. Si l’idée de voir Jeremy Renner en agent torturé de la caboche, Rachel Weisz en scientifique victime et Edward Norton en salaud de bureaucrate était très alléchante, ce qu’on en ressort se résume à une profonde déception. Le matériau de base était pourtant là : un univers où tout est contrôlé, dans l’ignorance générale ; un personnage dans la veine d’un Jason Bourne, figure charismatique du 21°siècle ; un programme mystérieux, qui pourrait très bien être en développement à l’heure actuelle… Bref, un socle solide qui ne demandait qu’à être ré-exploité (ou pas, c’est selon).

 

 

Le choix du renouveau d’une des séries les plus lucratives des années 2000/2010 n’est guère étonnant. Il était possible de satisfaire les spectateurs, tout en menant à bien les objectifs financiers imposés (oui, les blockbusters réussis, ça existe). Les premières inquiétudes ont laissé place à l’excitation. Une excitation encore palpable à l’entrée de la salle obscure. Durant les trois premiers ¼ d’heure, on retrouve cette sensation d’incompréhension face à des évènements qui nous dépassent. Et puis vient le premier sourcil (imposant, dans mon cas) levé. Le scénario voit toutes ses pistes abattues et balayées, et se trouve réduit aux pérégrinations d’un malade accro, en manque de pilules. C’est tout. Bonsoir messieurs, dames. Alors, si par un heureux hasard, il peut se faire courser par un ancien collègue, en explosant deux ou trois voitures au passage, on prend. Mais on déplore l’absence d’une véritable quête, d’un but à atteindre. Le réalisateur, Tony Gilroy, scénariste de la trilogie initiale et de ce malheureux épisode, a vu, en 5 ans, la source aux bonnes idées se tarir. Pas besoin de recycler dans la recherche identitaire, mais au moins se doter d’un fil conducteur digne d’intérêt.

 

Si le scénario ne tient pas ses promesses, les acteurs, de leurs côtés, assurent. Jeremy Renner, étoile fortement montante, ne manque pas de charisme et de talent. Contrairement à Matt Damon, qui amenait un questionnement sur la véritable nature de Bourne (on se demandait ce que ce bonhomme à l’air gentillet se fourvoyait dans de telles emmerdes) le personnage d’Aaron Cross semble plus calibré pour l’action à forte dose. Moins cérébral mais pas beaucoup plus féroce. Oserai-je dire adapté à l’époque ? Rachel Weisz, après un remarqué The Deep Blue Sea, joue la nunuche amourachée du héros, personnage incontournable du blockbuster. Elle donne à son personnage un cachet, multipliant les idées qu’on peut se faire de lui. Quant à Edward Norton, il interprète avec assurance un rôle de bad guy qui ne demande qu’à être développé au prochain épisode de la franchise nouvellement relancée, car prochain épisode il y aura (en doutiez-vous ?).

 

 

Si, dans l’ensemble le film est bavard, les scènes d’action sont réussies. Outre des scènes de cascades à peine lisibles dans des endroits plus que banals, la scène de course poursuite s’avère aussi immanquable que maligne. Il faut de toutes manières les apprécier, car elles sont peu nombreuses. Noyées dans un flot de paroles inutiles destinées à nous faire comprendre un scénario inexistant, elles constituent l’exutoire inespéré.

 

Qu’on se le dise, Jason Bourne : L’Héritage déçoit. Souffrant d’une inévitable comparaison avec ses (excellents) aînés, il se contente d’un duo de pilules en guise de scénario là où on attendait un nœud d’incompréhension. Si l’ensemble n’est pas mauvais, on s’ennuie ferme entre les trop rares scènes d’action et les dialogues explicatifs. Faire un Jason Bourne sans le personnage éponyme était en soi un challenge. Le résultat est loin d’être à la hauteur et n’appelle pourtant pas une suite, qu’on redoute déjà. D’ici là, un éclair de génie viendra