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Critique : Killer Joe, de William Friedkin

Après Bug, Killer Joe confirme le retour en forme de William Friedkin, lequel n’a pas encore signé pour la maison de retraite. En voici la preuve.

Chris, 22 ans, minable dealer de son état, doit trouver 6 000 dollars ou on ne donnera pas cher de sa peau. Une lueur d’espoir germe dans son esprit lorsque se présente à lui une arnaque à l’assurance vie. Celle que sa crapule de mère a contractée pour 50 000 dollars.
Mais qui va se charger du sale boulot ?
Killer Joe est appelé à la rescousse. Flic le jour, tueur à gages la nuit, il pourrait être la solution au problème. Seul hic : il se fait payer d’avance, ce qui n’est clairement pas une option pour Chris qui n’a pas un sou en poche. Chris tente de négocier mais Killer Joe refuse d’aller plus loin. Il a des principes…jusqu’à ce qu’il rencontre Dottie, la charmante sœur de Chris.
Alors Killer Joe veut bien qu’on le paye sur le fric de l’assurance si on le laisse jouer avec Dottie.

Après avoir réussi un retour remarqué et remarquable avec Bug, William Friedkin lâche dans l’arène son frère jumeau, Killer Joe. Comme il a fait briller Michael Shannon dans Bug, il sublime son tour de magie nommé Matthew McConaughey. L’acteur, dans tous les bons coups depuis sa prestation haletante dans La défense Lincoln, électrise ce long métrage aussi fun que rythmé. Son personnage de flic le jour tueur la nuit est le maillon irremplaçable d’un film rock’n’roll où Friedkin balade sa caméra, l’air serein de haut de ses 77 printemps. Humour noir, sexe et corruption sont parties intégrantes de ce thriller d’action rondement bien mené. Un poil irrégulier, à l’image de sa carrière de son auteur, Killer Joe va concentrer toute la force de ses thèmes et son humour cynique dans un final théâtral, sorte de faux plan-séquence ahurissant où McConaughey déroule, sautillant d’un caractère à l’autre, un coup furieusement sexy, un autre pervers. Pas étonnant de le voir survoler LA scène culte du film à base de poulet frit. Il évolue aux côtés d’une Juno Temple plus séduisante que jamais en adolescente paumée et un brin cinglée. Et que dire d’un hilarant Thomas Haden Church, véritable marionnette inconsciente.

Killer Joe brille grâce à la volonté de son auteur de toujours dépasser la morale ou de la contourner habilement. Ces personnages symbolisent encore et toujours une image de l’être humain déviant. Il utilise l’ironie au film noir, ne lésine pas sur la violence alors qu’il écorne les figures blanches, celle du flic comme celle du péquenaud innocent. Killer Joe ne manque pas de saveur (au-delà du poulet frit) et prouve que Friedkin n’est pas encore totalement rentré en pré-retraite et que l’auteur du cultissime L’Exorciste en a encore en réserve.