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Critique : La Colère des Titans, de Jonathan Liebesman

Deux petites années après que Louis Leterrier ait revisité Le Choc des Titans de 1981, Jonathan Liebesman prend le relais pour La Colère des Titans. Entre surenchère et soupe narrative, Liebesman a réussi son coup : nous décevoir une fois de plus.

 

 

Affiche du film La Colère des Titans, de Jonathan Liebesman
Affiche du film La Colère des Titans, de Jonathan Liebesman

 

 

Dix ans après avoir vaincu le monstre Kraken, au terme d’une bataille héroïque, Persée, demi-dieu et fils de Zeus, tente de mener une vie paisible dans un village où il est pêcheur et s’occupe, seul, de son fils de dix ans, Hélius.
Mais Persée ne se doute pas que les dieux se sont engagés dans une lutte de pouvoir qui menace son existence tranquille. Affaiblis par le manque de dévotion des hommes, les dieux risquent bien de perdre leur immortalité et de ne plus pouvoir garder le contrôle sur leurs redoutables prisonniers, les Titans, et leur chef cruel, Kronos, père de Zeus, de Hadès et de Poséidon : les trois frères ont détrôné leur père depuis longtemps et l’ont envoyé croupir au plus profond du Tartare, donjon situé dans les entrailles des Enfers.
Désormais, Persée n’a d’autre choix que d’accepter son destin lorsque Hadès et Arès, fils de Zeus, changent de camp et passent un accord avec Kronos pour capturer le roi des dieux. Tandis que les pouvoirs divins de Zeus diminuent, la puissance des Titans, elle, s’accroît, et les forces des ténèbres se déchaînent sur Terre.
Persée fait appel à la reine guerrière Andromède, au fils de Poséidon, le demi-dieu Agénor, et au dieu déchu Héphaïstos pour s’enfoncer dans les Enfers dans le but de libérer Zeus, de vaincre les Titans et de sauver l’humanité…

 

 

 

 

En 2010, le frenchie Louis Leterrier s’illustrait avec grande difficulté en réalisant Le Choc des Titans. Pour lui il s’agissait d’une porte d’entrée à Hollywood. Le réalisateur exigeant n’a pas convaincu et a dû subir les affres décisionnelles du studio américain Warner. A l’image d’une conversion 3D aussi douteuse qu’inutile, Le Choc des Titans était bien loin d’obtenir l’unanimité. Et voilà que deux ans plus tard, une suite vient en remettre une couche pour le moins détestable. A sa tête, Jonathan Liebesman. Un réalisateur visionnaire qui décrit sa Colère des Titans comme « un Gladiator avec des monstres ». Cela en dit long… Fort d’un budget de 125 millions de dollars, Jonathan Liebesman est sur une voix royale à Hollywood, celle qui est désormais la priorité cachée des studios : faire des mauvais films pour rapporter beaucoup. Le type est devenu un maître dans l’art : il a commencé par Nuits de terreur, un thriller horrifique dézingué par la presse qui va tout de même rentabiliser plus que prévu. Il va poursuivre ensuite avec Massacre à la tronçonneuse : Le commencement, avant de mettre sur pied son projet de film SF, World Invasion : Battle Los Angeles. Seul ombre au tableau, son trop méconnu Killing Room, un huis-clos avec Chloë Sévigny présenté à Sundance mais sorti directement en DVD. Soit le seul échec commercial de sa carrière. Liebesman excelle dans le navet et arrive à la rentabiliser en le rendant tout public. Les ficelles sont pourtant énormes.

 

 

Extrait du film La Colère des Titans (2012)
Extrait du film La Colère des Titans (2012)

 

 

Avec La Colère des Titans, Jonathan Liebesman et sa bande ont littéralement profané l’œuvre originale de Desmond Davis et l’esprit insufflé par Ray Harryhausen. Il s’agit là d’un film complètement indigeste, poussiéreux, manichéen au possible. A priori court, on se rend vite compte que le scénario de La Colère des Titans n’a absolument rien à raconter. La longue introduction et le premier échange entre Persée (Sam Worthington) et son père Zeus (Liam Neeson) ont déjà donné le ton : à l’aide de grandes envolées lyriques et de dialogues dépourvus d’intelligence, La Colère des Titans sert son discours du bien contre le mal, l’univers à sauver sur fond d’enjeux familiaux inintéressants. En attendant la première scène d’action, le spectateur peut se surprendre à regarder le film sans aucune lunette 3D (le fameux ingrédient qui a tant nuit au premier opus), tant celle-ci est absolument inutile. Celle-ci ne va trouver son intérêt que lors d’un court voyage dans les profondeurs du Tartare et sur quelques lancés de roches en fusion. Le seul fait d’arme de Liebesman, c’est d’avoir fait le choix de la pellicule plutôt que le numérique, ce qui sur certains plans fonctionnent avec la présence d’une texture granuleuse. Entre ces moments, chaque scène d’action semble être pensée pour le relief. Le spectacle aux dépends du contenu. Mais pourquoi pas… Certains s’y sont frottés et ont réussi leur pari. Sauf qu’ici, tout plonge dans la surenchère la plus irritante possible. Comme si chaque scène se doit de participer à un concours de la plus hideuse possible, aussi bien dans le fond que sur la forme. A ce petit jeu, les dernières scènes (environ les 25 dernières minutes) offrent un spectacle des plus pitoyables : le jeu d’acteur y est d’une pauvreté ahurissante (si on parlait en terme de séisme, c’est l’anéantissement total) à l’instar de la détestable Rosamund Pike dans la peau de la guerrière Andromède, les effets spéciaux aussi bons qu’un Final Fantasy d’il y a dix ans, des scènes d’action complètement ridicules, mais dont le kitsch n’est même pas assumé, et enfin une petite partie romance hilarante à souhait puisque c’est là-dessus que le ridicule show se termine. Une ultime scène vient nous gratifier d’un plan de visage sur Persée, joué par un Sam Worthington qui a assurément livré la pire prestation de sa carrière. Qui a parlé de hasard ?

 

L’avis : Visuellement trop esthétisé et doté d’un scénario inintéressant, La Colère des Titans souffre de trop nombreux défauts pour captiver et susciter une once d’estime venant du spectateur. A se moquer de la version Liebesman, homme de la surenchère, on finit par croire que l’œuvre de Louis Leterrier est loin d’être si mauvaise, et que même Tarsem Singh avec Les Immortels s’est offert des combats de Titans plus excitants…