Animation, Critiques de films

Critique : La Colline aux Coquelicots, de Goro Miyazaki

Etre le fils de Hayao Mizayaki n’est pas forcément un bénéfice pour Goro Miyazaki qui signe avec La Colline aux Coquelicots un deuxième long-métrage d’une facture plus que moyenne, loin des talents de son père. Après tout, Goro n’est pas peut-être pas fait pour succéder à son talentueux papa.

 

 

Affiche du film La Colline aux Coquelicots, de Goro Miyazaki
Affiche du film La Colline aux Coquelicots, de Goro Miyazaki

 

 

Umi est une jeune lycéenne qui vit dans une vieille bâtisse perchée au sommet d’une colline surplombant le port de Yokohama. Chaque matin, depuis que son père a disparu en mer, elle hisse face à la baie deux pavillons, comme un message lancé à l’horizon. Au lycée, quelqu’un a même écrit un article sur cet émouvant signal dans le journal du campus. C’est peut-être l’intrépide Shun, le séduisant jeune homme qu’Umi n’a pas manqué de remarquer…
Attirés l’un par l’autre, les deux jeunes gens vont partager de plus en plus d’activités, de la sauvegarde du vieux foyer jusqu’à la rédaction du journal. Pourtant, leur relation va prendre un tour inattendu avec la découverte d’un secret qui entoure leur naissance et semble les lier… Dans un Japon des années 60, entre tradition et modernité, à l’aube d’une nouvelle ère, Umi et Shun vont se découvrir et partager une émouvante histoire d’amitié, d’amour et d’espoir.

 

 

Chez Mizayaki, on aime raconter sa vie et ses souvenirs dans des films d’animation colorés et amusants. Pour le fils Goro, c’est le point de départ de cette Colline aux Coquelicots, une bande-dessinée qu’il a découvert il y a trente ans dans l’ennuyeux chalet de son grand-père. Marchant sur les pas de son père, Hayao Miyazaki, co-fondateur des fameux studios Ghibli, Goro pensait que le cinéma d’animation allait être son dada. Les liens de sang ne font pas forcément ceux du talent. La Colline aux Coquelicots est le moins « esprit » Ghibli de l’histoire des studios d’animation japonais. Pas de magie, peu de folie en dehors d’un humour assez convenu. L’histoire captive peu, mais touche néanmoins dans une moindre mesure, si on arrive à passer au-dessus de sa douce naïveté (la sauvegarde culturelle, une histoire d’amour-amitié…). Reste une musique omniprésente, seul véritable ingrédient de l’identité Ghibli.

 

Extrait du film La Colline aux Coquelicots (2012)
Extrait du film La Colline aux Coquelicots (2012)

Hayao Miyazaki avait fait de ses films des véritables œuvres d’art picturales, où la magie de l’histoire allait de paire avec la finesse du dessin. Une sensation que Goro Miyazaki avait justement réussi à retranscrire dans son premier long, Les contes de Terremer, et cela sans l’aide de son père, réticent à l’idée de laisser son fils s’occuper d’un film d’animation Ghibli. Goro avait donc fait ses preuves, mais a longtemps hésité avant de se lancer dans l’adaptation de ce manga épononyme. Il a cherché à donner une autre allure à son film d’animation, tranchant avec les classiques Ghibli. La musique en est le meilleur exemple, aux sonorités pop, jazz, à fortes touches de piano, signée Satoshi Takebe. Mais si musicalement La Colline aux Coquelicots reste sympathique, physiquement, c’est une toute autre histoire. Peu de mouvement, jamais de vent par exemple, seul les flots sont en mouvement, et d’une façon assez simpliste. Le relief est quasiment absent, aussi bien dans le scénario (œuvre du père, ce qui surprend) que l’animation. Il n’y a pas dans le Ghibli tout l’apanage physique des précédents. On en revient au même propos de départ : il y a bien un petit charme, mais pas la folie, le charme initial, la création. C’est tout à l’honneur du jeune réalisateur, mais il n’innove en rien et ne propose pas grand-chose. A noter l’apparence très occidentale des visages, le décor typique japonais un peu flou étant donné le fait que l’époque de tournage apparaît peu, et aucune volonté de sublimer les arrieres-plans. L’aspect pictural du film, la sensation d’une peinture se suffisent que cinq minutes. L’ensemble manque d’allant. Goro Miyazaki a-t-il mal supporté le poids du paternel qui pèse sur ses épaules ?

 

L’avis : La Colline aux Coquelicots peine à convaincre sur la longueur. Alléchant lors de la bande annonce, décevant lors du générique final, 1h30 après le début du dernier film de l’héritier-maître de Ghibli.