Critiques de films

Critique : La Couleurs des Sentiments, de Tate Taylor

Adapté du roman éponyme à succès de Kathryn Stockett, La Couleur des Sentiments débarque au cinéma sous la direction de Tate Taylor. Comment le public va-t-il l’accueillir ?

Affiche du film La Couleur des Sentiments, de Tate Taylor
Affiche du film La Couleur des Sentiments, de Tate Taylor

Dans la petite ville de Jackson, Mississippi, durant les années 60, trois femmes que tout devait opposer vont nouer une incroyable amitié. Elles sont liées par un projet secret qui les met toutes en danger, l’écriture d’un livre qui remet en cause les conventions sociales les plus sensibles de leur époque. De cette alliance improbable va naître une solidarité extraordinaire. À travers leur engagement, chacune va trouver le courage de bouleverser l’ordre établi, et d’affronter tous les habitants de la ville qui refusent le vent du changement…

D’un sujet grave souvent évoqué au cinéma ou à la télévision, La Couleur des Sentiments édulcore son récit, touche par son propos, amuse par son écriture. Il s’agit bien là d’un sujet imprégné dans la culture populaire. Le film adapte le travail de Kathryn Stockett et évoque avec pertinence les différences raciales, il y a à peine plus de 30-40 ans. On comprend mieux l’attachement des critiques américaines à encenser le film, après avoir été touché par l’originalité et la sincérité du livre. Le film de Tate Taylor pose une image et un regard sur le passé, obligatoire pour rendre hommage.

La force principale du film réside dans l’écriture, et notamment dans son humour infaillible. Sans être mal placé, toujours plaisant, distillé avec pertinence, il répond avec tact au tragique de situation. Il faut dire que le larmoyant est employé à pleins pots, enchaînant les bons sentiments parce que la situation s’y prête. Reste que le véritable gag humoristique principal tourne autour d’une tarte excrémenteuse. Trop répétitif, ce gag finit par perdre son capital sourire, à croire que le film semble vouloir ne retenir que cela dans ce recueil de témoignages. Pourtant ce gag est à l’image de l’humour utilisé : du tragique, on en ressort la comédie, pour en tirer ce qu’il y a de plus positif. Au-delà du comique, le film de Tate Taylor multiplie les belles valeurs, et notamment celle du courage (qui mène à la liberté).

Extrait du film La Couleur des Sentiments (2011)
Extrait du film La Couleur des Sentiments (2011)

La Couleur des Sentiments n’hésite sur une petite surenchère, que ce soit dans la musique (signée Thomas Newman et ses dix nominations à l’Oscar sans rien au bout) ou dans l’interprétation de certains personnages, un peu caricaturaux.  On enchaîne les tableaux de clichés féminins, entre la brune conservatrice qui dénigre les bonnes noires (interprétée par Bryce Dallas Howard) et la blonde plutôt pulpeuse, un peu pouffe et niaise, mais toute aussi joyeuse (interprétée par le nouveau talent Jessica Chastain). Il nous reste la rouquine, fille modèle et moderne, journaliste volontaire qui porte le doux de Skeeter, jouée par la jolie Emma Stone. Mais le réel coup de cœur nous vient d’un autre duo : Viola Davis (Aibileen) et Octavia Spencer (Minny) sont bluffantes dans leurs rôles, sincères dans leurs interprétations. S’il y a bien un Oscar à décerner à ce film, ce sera celui du meilleur second rôle féminin pour ce duo.

Dans plus de deux heures qui passent avec une rapidité étonnante, La Couleur des Sentiments émeut et touche par son propos, son mélange subtil entre l’humour et le dramatique, le tout dans une facilité déroutant, malgré les bons sentiments obligatoire au sujet.

 

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