Critiques de films, Epouvante-horreur, Thriller

Critique : La Dame en Noir, de James Watkins

Dans une politique de retour sur le devant de la scène, la Hammer produit La Dame en Noir, une adaptation d’un roman d’épouvante à succès, et a choisi Daniel Radcliffe (Harry Potter) comme attraction. Un retour en grâce pour autant ?

 

Affiche du film La Dame en Noir, de James Watkins
Affiche du film La Dame en Noir, de James Watkins

 

 

Arthur Kipps, jeune notaire à Londres, est obligé de se rendre dans le petit village perdu de Crythin Gifford pour régler la succession d’une cliente récemment décédée. Dans l’impressionnant manoir de la défunte, il ne va pas tarder à découvrir d’étranges signes qui semblent renvoyer à de très sombres secrets. Face au passé enfoui des villageois, face à la mystérieuse femme en noir qui hante les lieux et s’approche chaque jour davantage, Arthur va basculer dans le plus épouvantable des cauchemars…

 

 

 

En 1934 naquît une maison de production bien marginale, étonnante et bourrée de créativité. La Hammer, créée par William Hinds et Enrique Carreras, se distingue dans les années 50-60 grâce à des célèbres productions de films fantastiques et d’horreur. Des noms passés à la postérité tels que Terence Fisher (réalisateur de La nuit du loup-garou, Le Chien des Baskerville, Le Fantôme de l’Opéra) et des acteurs comme Christopher Lee ou Peter Cushing construisent le mythe de la Hammer. Les films se distinguent par des décors et couleurs kitschs, une esthétique léchée, une action prévisible et un pouvoir d’attraction pourtant indéniable. Mais la terrible maison subit un contrecoup au début des années 70 lorsque le cinéma de genre devient plus ancré dans le réel, avec des questions et thématiques plus contemporaines. Elle ne s’en remettra jamais malgré diverses tentatives. Pourtant, depuis 2010, la Hammer tente de revenir sur le devant de la scène, au moment où justement les autres productions du cinéma de genre se font lassantes, sans originalité et finalement peu remarquables (il n’y a que le cinéma espagnol qui brille réellement). Ainsi, la Hammer le remake de Morse, intitulé ici Laisse-moi entrer, avec un résultat plus que moyen, ou encore le très mauvais film d’épouvante La Locataire, d’Antti Jokinen. En somme, cette politique de rédemption et de récupération du cinéma de genre ne fonctionne pas réellement au premier abord. Mais la Hammer tient encore, et se joint à Metropolitan pour l’adaptation de La Dame en Noir, un roman à succès signé Susan Hill et datant de 1983, déjà décliné en une pièce de théâtre ainsi qu’un téléfilm. La Dame en Noir signe par ailleurs le retour du cinéma britannique dans le film d’épouvante où les fantômes occupent une place prépondérante. Alors, le pari de la Hammer est-il réussi ?

 

 

Extrait du film La Dame en Noir (2012)
Extrait du film La Dame en Noir (2012)

 

 

En vous parlant de pouvoir d’attraction pour nommer les qualités de la Hammer, le fait de revenir aux classiques du fantôme dans une maison hantée s’en prenant à un jeune sans défense et vide de croyances au surnaturel fait de La Dame en Noir un film déjà attrayant. D’autant que ce que laissait présager la bande annonce, c’est la mise en avant d’un climat très sombre, avec un esthétique et un sens du décor assez typique de la Hammer, mais cette fois-ci à la sauce contemporaine. Face à un livre qui plonge carrément dans le descriptif à outrance, annihilant toute la tension que l’histoire suggérait, le film de James Watkins va prendre tout le chemin inverse. En effet, La Dame en Noir tombe dans le piège de la surenchère, de la surcharge, d’une peinture faite avec des pinceaux épais. Cela n’empêche pas de créer un climat intéressant et d’avoir une tension acceptable et intrigante. Arrivent alors une flopée de jump-scares, assez téléphonés qui là aussi deviennent très vite abusifs, et enlevant toute crédibilité au récit, puisque le film a fait le pari de se focaliser uniquement là-dessus, bien aidé par l’esthétique léchée et sombre. Mais à quel prix ? L’intrigue s’éloigne bien trop de l’esprit du livre, gagne en tension tout ce qu’il est perd en intérêt thématique (le personnage torturé et fasciné). Le personnage qu’incarne Daniel Radcliffe manque cruellement d’être poussé plus loin. Les ficelles le concernant deviennent bien trop évidentes, à l’image d’un final détourné qui n’existe absolument pas dans le roman. C’est dans cette scène que se retrouve tous les défauts du film : un trop-plein d’esthétisme, un twist éventé et hors de propos, des acteurs peu présents.

 

Extrait du film La Dame en Noir (2012)
Extrait du film La Dame en Noir (2012)

 

 

En choisissant James Watkins à la tête de ce film de fantômes, c’était plutôt le pari de la valeur sûre. Watkins avait notamment écrit le scénario de The Descent : Part 2, et surtout réalisé le terrifiant et méconnu Eden Lake. Autant dire que James Watkins a fait des débuts séduisants là où de nombreux « réalisateurs » se sont vautrés lamentablement. En revanche, côté scénario, c’est le bras droit de Matthew Vaughn, Jane Goldman (Kick-Ass, Stardust le mystère de l’étoile) qui s’y est collée. Son objectif se rapproche plus de coller à l’esprit du film de fantômes japonais, que de tirer tout le potentiel noir du livre. Echec. Avec Daniel Radcliffe dans le rôle principal, c’est le pari de séduire le grand public (celui qui l’a suivi dans Harry Potter) qui est fait. Le challenge pour l’acteur : trancher avec son rôle de sorcier-Elu à lunettes qui lui a collé à la peau pendant plus de 10 ans. Il raconte alors avoir sauté sans hésitation sur l’occasion que représentait La Dame en Noir pour s’éloigner d’Harry Potter, qu’il finissait à peine de tourner. Celui qui pense que le jeune homme s’éloigne de ce fameux personnage qu’est Harry se trompe ! Il interprète ici Arthur Kipps, un jeune père veuf plongé dans la mélancolie et dans le deuil, qui débarque dans un petit village isolé où il va devoir affronter… des forces du mal. C’est sûr que la rupture est énorme, imaginez un peu ! Le problème est encore un peu plus grave : Daniel Radcliffe a encore un visage bien trop juvénile pour interpréter un adulte, déjà père et marié, et son allure face à la caméra – si elle n’est pas mauvaise – rappelle directement celle qu’il tenait lors des dernières prises sous la direction de David Yates pour Harry Potter. Face à Ciaran Hinds, le jeune acteur ne fait malheureusement pas le poids, et son interprétation cruellement de charisme. En somme, La Dame en Noir ne représente que le début d’un processus pour Daniel Radcliffe, car ce n’est clairement pas avec ce film que l’acteur se détache de son costume de sorcier.

 

L’avis : La Dame en Noir s’avère très loin des meilleurs films d’épouvante psychologique, tels que le genre japonais ou ibériques. La Hammer empile un nouvel échec, la faute à un trop-plein d’esthétisme et à une histoire rendue peu captivante.