Comédie, Critiques de films, Drame, Romance

Critique : La Délicatesse, de David et Stéphane Foenkinos

David Foenkinos adapte son propre roman La Délicatesse, avec son frère Stéphane, et signe ici une histoire réaliste et touchante en même, portée par un duo d’acteurs attachant.

 

Affiche du film La Délicatesse, de David et Stéphane Foenkinos
Affiche du film La Délicatesse, de David et Stéphane Foenkinos

 

Nathalie a tout pour être heureuse. Elle est jeune, belle, et file le parfait amour. La mort accidentelle de son mari va couper son élan. Pendant des années, elle va s’investir dans son travail, se sentir en parenthèse de sa vie sensuelle. Mais subitement, sans qu’elle comprenne vraiment pourquoi, elle embrasse un de ses collègues. Markus, un homme très atypique. S’ensuit alors la valse sentimentale de ce couple hautement improbable qui va susciter interrogation et agressivité au sein de l’entreprise. Choisit-on vraiment par quel moyen on renaît à la vie ? Nathalie et Markus vont finir par fuir pour vivre leur histoire et leur émerveillement à l’abri de tout. Cette histoire de renaissance est aussi celle de l’étrangeté amoureuse.

 

 

Sans tomber dans le piège du drame pathos nauséabond, les frères Foenkinos nous ont touchés avec une facilité presque déconcertant. La Délicatesse –au cinéma- c’est deux possibilités : soit on reste sur la touche, n’arrivant à adhérer à cette petite féerie enivrante et un ton résolument sympathique, soit on est directement touché, par l’histoire, les personnages, la narration ou bien encore le style. Dans cette histoire, il y a donc celle d’une jeune femme –interprétée par une excellente et touchante Audrey Tautou- dont on va suivre dix ans de sa vie (sans en voir réellement les vieillissements, ce qui complique un peu l’aspect temporel). Au départ, une période joyeuse, avec un bonheur communicatif, et déjà un duo Tautou – Marmai qui fonctionne à merveille. Les dialogues coulent de source, le ton y est, on est rentré dans un film qui nous aimante et ne nous lâchera plus. Au départ, elle est insouciante, vivante, croque la vie à pleine dent et partage son amour. Puis le drame, évidemment. On ne s’y attend pas forcément, mais c’est surtout derrière la façon de montrer l’absence, le deuil, la reconstruction qui nous touche sans aucune esbroufe. Audrey Tautou brille, ne surjoue jamais. Sa façon d’apparaître à l’écran, d’être dirigé, reste linéaire par rapport à la partie plus joyeuse. Puis elle reprend un certain goût à la vie lorsque Markus rentre dans sa vie.

 

Extrait du film La Délicatesse (2011)
Extrait du film La Délicatesse (2011)

 

Lorsqu’on découvre Markus, on se dit assez logiquement que nous allons avoir le droit à un discours très classique et puritain du style « ce type est moche, mais voyez-vous, il a un très bon fond ». Oui Markus –encore un excellente prestation de François Damiens, déjà brillant dans Une Pure Affaire– n’est guère attirant. C’est presque un loser, un célibataire endurci, le gars qui n’attire pas du tout au premier regard. L’intelligence du film sera de nous montrer comme le physique n’est qu’une façade transparente, comment un homme, timide et un poil coincé, se retrouve dans une position atypique pour lui. On ne va pas nous montrer bêtement un mec peu attirant devenir le grand amour d’une jeune cadre plutôt jolie. Au contraire, se découvre un personnage sensible, attachant à 100%, interprété avec minutie, et là encore, très régulier dans son interprétation. Dans son caractère, on finit –comme pour Nathalie- par trouver des choses qui vont nous rapprocher de lui. Mais attention, ce n’est pas de la compassion, c’est une sorte d’attirance, une évidence, le tout sans trop de mièvreries, même si certains passages s’y prêtent plutôt bien.

 

Extrait du film La Délicatesse (2011)
Extrait du film La Délicatesse (2011)

 

Connu pour être le plus grand succès littéraire de David Foenkinos, La Délicatesse est aussi un roman difficile à adapter. La transposition était bien trop complexe, et le duo de réalisateurs (qui sont loin d’être des spécialistes en la matière) s’est amusé à créer une ambiance, à coup d’ellipses, de petites créations visuelles pour illustrer le temps qui passe. Le film a même gardé le ton littéraire du film, ne serait-ce que par le fait qu’il commence et se termine par une voix-off. La Délicatesse est loin d’être un film grossier dans son traitement du dramatique et du romantique, le tout dans une douceur chaude et largement appréciable. Il y a bien quelques raccourcis faciles dans les dialogues « tu mérites bien mieux / Il n’y a pas d’histoire possible », mais en même temps, cela traduit un malaise, des inquiétudes, des envies. Il ne sublime rien, mais montre, avec beaucoup de sincérité, une histoire émouvante à tous les niveaux, avec des personnages géniaux. Une envie d’applaudir à la fin, et de réécouter encore une très bonne bande originale signée Emilie Simon, juste et appropriée à ce qui est montré à l’écran. Un juste choix à l’image d’un drame romantique juste.

 

L’avis : Emotion au rendez-vous pour La Délicatesse, des larmes aux yeux, une histoire touchante et des personnages flamboyants, du plus secondaires aux deux principaux. Malgré quelques défauts et facilités à l’écran, ce film touche irrémédiablement. Il nous reste probablement le dernier coup de cœur français de l’année 2011. Mérité !