Critiques de films, Drame

Critique : La Mer à boire, de Jacques Maillot

En dehors des comédies populaires qui rassemblent le public, la mode est au film social et politiquement engagé. Jacques Maillot (Les liens du sang) pensait surfer intelligemment sur cette vague avec La Mer à boire. Il pensait.

 

Affiche du film La Mer à boire, de Jacques Maillot
Affiche du film La Mer à boire, de Jacques Maillot

 

 

 

Georges, un patron de chantier naval, est lâché par sa banque. Il devra se battre jusqu’au bout pour tenter de sauver l’entreprise qu’il a passé sa vie à construire.

 

 

Qu’il est loin le feel good movie avec La Mer à boire. Très loin. En ces temps de crise, le cinéma abrite certaines âmes échouées, agacées par la morosité et la moiteur ambiante qui règne dehors. Ils viennent donc se ressourcer ou se réfugier dans un cinéma qui représente une sorte d’échappatoire. On vient y chercher du rêve comme du réalisme. Et on peut aussi venir y voir de l’art, après tout. Le problème avec le troisième long métrage de Maillot (Nos vies heureuses et Les liens du sang), c’est qu’il est loin de vendre du rêve, et s’il le fait, c’est à travers un message presque édulcoré, sans saveur réel comme un bulot caoutchouteux. En s’inspirant du Mado de Claude Sautet (l’histoire d’un prometteur ruiné par un concurrent verreux et qui se venge à l’aide d’une prostituée), Maillot pensait faire la nique des autres films sociaux et engagés, dans l’air du temps, tels que De bon matin, Les Neiges du Kilimandjaro et dans une moindre mesure, Une vie meilleure. Il devient récurrent dans notre cinéma de voir des cinéastes s’indigner de la crise traversée par le pays, et décide de le dénoncer dans leurs films, d’une façon plus ou moins juste. Avec La mer à boire, réalisé par un cinéaste pourtant engagé, c’est le naufrage assuré. Dès les premières minutes, les défauts se font sentir. Interprétation approximative, lisibilité trop simplifiée de la réalité, propos édulcorés et sans relief. Avec un manichéisme exacerbé (les banquiers méchants, les riches traîtres), le personnage de George interprété par un Daniel Auteuil empâté apparaît comme un rayon de soleil. Il est le patron passionné et fidèle à sa boite et dans la crise, il cherche des solutions, jusqu’à réduire symboliquement son salaire jusqu’au Smic. Le rêve selon Maillot. Tout ce qu’on ne veut pas voir, tous ces amalgames ridicules et prévisibles comme des cordes de marins usées et râpeuses qui vous égratignent le creux de la main.

 

Extrait du film La Mer à boire (2012)
Extrait du film La Mer à boire (2012)

 

 

En signant un film trop lisible et sans réel propos politique (même s’il y a bien des vérités qui font mal cœur), le réalisateur n’a pas du tout réussi son objective. Alors si on ne peut plus se rabattre sur le propos ou encore l’interprétation des acteurs qui se voulait sincère et droite au but, tentons de sauver les meubles avec la forme. Jacques Maillot pensait faire du beau et grand cinéma avec son Cinémascope. Il voulait des beaux plans, filmer les grands espaces, montrer Georges dans l’immensité, seul contre vents et marées. Raté. La mer à boire manque cruellement de style. La mise en scène est ennuyeuse, aucune idée n’en ressort. A la hauteur du scénario.

 

L’avis : Manichéen au possible, prévisible à souhait, dialogues servis à la truelle dans un message douteux et pas franchement réaliste, La mer à boire rate son objectif qui était de vous toucher en plein cœur grâce à un sujet dans l’air du temps. Un sujet rabâché à chaque JT au 20h, qui fait les gros titres chaque semaine et qui reviendra avec toujours plus de force avec des échéances électorales à l’horizon. Dans ces temps difficiles, le cinéma se doit nous emporter avec lui, même si c’est pour nous parler d’une réalité qu’on essaye de fuir tant bien que mal. Alors quand un film rate totalement son objectif comme celui de Jacques Maillot, c’est comme le sentiment d’un double échec. A fuir !