Comédie, Critiques de films

Critique : La Part des Anges, de Ken Loach

Dans un paysage cinématographique relativement stérile en bons scénarios originaux, Ken Loach nous offre une bouffée d’air frais, cette fois-ci venue d’Écosse, avec une comédie sincère et parfaitement réalisée.

 

Affiche du film "La Part des Anges" de Ken Loach
Affiche du film « La Part des Anges » de Ken Loach

 

Robbie Emmerson, jeune homme paumé de la banlieue de Glasgow et futur père, est piégé dans une vie de délinquant qui le mène devant le tribunal. Il écope finalement d’une peine de travaux d’intérêt généraux qui le mène à rencontrer Rhino, Albert et Mo, mais surtout Harry, leur tuteur, qui les initiera à sa passion pour le whisky.

 

Prix du jury au dernier festival de Cannes, ce film est un pur ravissement. Filmé sans aucun misérabilisme et avec du recul, la Part des anges reflète l’authenticité de la démarche de Ken Loach, réalisateur des plus engagés s’il en est  (On se rappelle notamment du Vent se lève, palme d’or 2006 à Cannes et It’s a free world… sorti en 2007). Ni moralisateur, ni naïf, il tente de retranscrire la lutte que mènent ces jeunes auxquels on ne prête aucun avenir dans ces banlieues désindustrialisées, délaissées de Grande Bretagne, où ils sont confrontés au chômage et à l’indifférence. Cette banlieue est la prison contre les murs de laquelle ils se heurtent, mais ils vont trouver le moyen d’en sortir, sans forcément faire le choix du repentir.

 

Extrait du film La Part des Anges (2012)
Extrait du film La Part des Anges (2012)

 

Le talent de Ken Loach est de réussir à nous faire rire, de bon cœur, grâce à une direction des acteurs impeccable, des péripéties de ces quatre loosers, très justement interprétés par Paul Brannigan, Jasmin Riggins, Gary Maitland et William Ruane. Les dialogues, la mise en scène et les personnages sont soignés, tout en laissant une marge de manœuvre à la spontanéité des acteurs, ce qui ne fait que renforcer la force comique de certaines scènes. Enfin, Thaddeus, le personnage de Roger Allam, toujours aussi irrésistible par son jeu et son flegme, offre une confrontation entre un idéal bourgeois de raffinement et ces jeunes du bas de l’échelle sociale, qui va nourrir l’intrigue et la faire aboutir.

 

C’est une histoire qui n’a pas besoin de morale pour avoir un sens. Ce qu’on en retient, c’est que c’est la culture qui a sauvé ces quatre charmants escrocs. La culture, pas seulement : sans la dévotion et la bienveillance de Harry, leur tuteur, rien n’aurait été possible. C’est alors que l’on prend véritablement conscience de la polysémie du titre : La Part des Anges ne désigne pas seulement les 2% de la cuvée de whisky qui s’évapore, mais également le rôle que jouent ces anges gardiens comme Harry ; qu’ils soient tuteurs, surveillants, ou amis, dans le destin de certains jeunes qui n’ont pas la motivation de prendre leur vie en mains, comme le dit Robbie à ses camarades à la fin du film : « Do something  ».

 

L’avis : Ce film est une véritable réussite, à tous points de vue. On sort de la séance le sourire aux lèvres.