Critiques de films

Critique : La Source des femmes, de Radu Mihaileanu

Après avoir ému le public avec Le Concert (3 millions de spectateurs en France), Radu Mihaileanu se plonge dans les montagnes rocheuses et un coin indéterminé du Maghreb pour signer La Source des Femmes.

 

Affiche du film La Source des femmes , de Radu Mihaileanu
Affiche du film La Source des femmes , de Radu Mihaileanu

 

Cela se passe de nos jours dans un petit village, quelque part entre l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Les femmes vont chercher l’eau à la source, en haut de la montagne, sous un soleil de plomb, et ce depuis la nuit des temps. Leila, jeune mariée, propose aux femmes de faire la grève de l’amour : plus de câlins, plus de sexe tant que les hommes n’apportent pas l’eau au village.

 

 

Printemps 2011. Cannes. Alors que le festival est sur le point de se conclure, Radu Mihaileanu présente sa Source des femmes, un conte moderne teinté d’exotisme façon Maghreb, en compétition officielle. De l’autre côté de la Méditerranée, les peuples musulmans se soulèvent pour obtenir la démocratie, de l’Iran à la Tunisie. Les fortunes en seront diverses. En somme, le point commun est donc la rébellion d’un peuple pour la liberté, l’égalité, et accessoirement la démocratie. La comparaison s’arrête là. Car le génie visionnaire du cinéaste d’origine roumaine ne transparaît jamais dans son œuvre cinématographique. Et s’il ose la comparaison métaphorique avec Lysistrata d’Aristophane (qui raconte l’histoire d’une femme déclenche la grève de l’amour pour mettre fin à la guerre, face à l’indifférence des hommes), c’est juste pour donner un plus de panache et de délicatesse à un film qui en manque cruellement. Et voilà donc un réalisateur français et juif en train de réaliser un conte féministe en plein Maghreb, parlant d’un sujet empreint d’une religion toujours difficile à critiquer à l’écran. La Source des Femmes met en avant l’attitude irrespectueuse et presque inhumaine d’une bonne partie des hommes, qui ne respectent ainsi par le Coran ou l’interprètent à leurs manières. Une lecture de la réalité qui a bien tous les droits d’être critiquée et remise en question.

 

Extrait du film La Source des femmes (2011)
Extrait du film La Source des femmes (2011)

Radu Mihaileanu raconte son histoire pendant un peu plus de deux heures, et n’évite pas le pathos et la stigmatisation de certains sujets (le fils du Vieux Fusil qui devient islamiste pour des raisons économiques). Pour éviter le politiquement incorrect ou des débats sur la culture et la religion musulmane aujourd’hui, le cinéaste et son scénariste Alain-Michel Blanc ont préféré mettre l’accent sur le côté dramatique, teinté de folklore local. Voici donc le spectateur contraint de se bouffer du you-you et des chants très loin d’être mélodieux. Un attentat auditif, dit-on dans le jargon. On en oublie donc le sujet principal, qui est bien la critique complètement naïve d’une situation complexe, ici généralisée. On se retrouve face à un film offrant une écriture d’une finesse absolument impensable. Le rythme n’est jamais mauvais, les actrices comme Leïla Bekhti (tout même césarisée l’an dernier), Biyouna ou Hiam Abbas (dans le rôle d’une femme qui refuse la modernité féministe) s’en sortent relativement bien. Mais personne ne tire son épingle du jeu, la faute à un film aux propos bien mièvres, souvent erronés ou réducteurs, et qui risque de faire grincer des dents côté musulman. On en oublie presque le message positif qui doit ressortir de ce film, à savoir la paix plutôt que la guerre (la preuve avec cette guerre du sexe pacifique), l’égalité homme-femme et l’accès à la modernité du monde actuel pour tous, même pour les contrées reculées et pauvres. Un vrai bisounours Radu Mihaileanu. Mais il a au moins eu le cran de le dire à l’écran et son message plaira à ceux qui le recherchent. Mais comme l’indique la fin de La Source des Femmes, une solution a bien été trouvée, mais rien n’a changé dans le fond.

L’avis : Entre les mièvreries de son sujet et des propos plus que discutables sur toute la longueur, Radu Mihaileanu offre un film désagréable à regarder, dont on ne retient que trop rarement le message positif au travers de quelques scènes fortes. Un film absolument pas nécessaire et surtout trop globalisant pour susciter le bon avis d’un spectateur.  On préfère encore la réalité maghrébine actuelle, et le vrai combat pour la démocratie que mène un peuple sur la voie de la modernité.