Comédie, Critiques de films, Drame, Romance

Critique : Lady Vegas, de Stephen Frears

Le réalisateur britannique Stephen Frears s’en va à Vegas pour raconter les mémoires d’une joueuse bookmaker un poil veinarde. Cela donne un long métrage sans inspiration et plat.

 

 

Affiche du film Lady Vegas, de Stephen Frears
Affiche du film Lady Vegas, de Stephen Frears

 

Aussi ravissante que généreuse, Beth Raymer comprend qu’elle a tout intérêt à abandonner son métier de strip-teaseuse et quitte donc la Floride pour devenir barmaid à Las Vegas. Alors qu’elle ne trouve pas de travail, elle fait la connaissance de Dink, parieur sportif professionnel qui, croyant déceler un vrai potentiel chez la pétillante Beth, lui offre un boulot : elle est censée prendre des paris en son nom et démarcher des clients par téléphone. Dink a eu le nez creux : la jeune femme se révèle particulièrement douée et ne tarde pas à devenir sa mascotte jusqu’à ce que la roue tourne…

 

 

D’un réalisateur capable de parler aussi bien de liaisons dangereuses que d’une Reine en pleine crise de conscience, on est en droit d’attendre du beau et grand cinéma. Avec Lady Vegas, Stephen Frears filme un récit comme s’il était un anonyme. Incapable d’y insuffler son cinéma, Frears se contente d’adapter le livre de Beth Raymer, Lady Vegas – Les Mémoires d’une Joueuse. Une histoire bien vraie, celle d’une jeune strip-teaseuse dont l’ambition unique était de devenir barmaid, qui va comprendre à quel point sa chance peut servir dans un univers où cette dernière est reine, le jeu. Pour se faire, Stephen Frears retrouve son scénariste de High Fidelity, D.V. DeVincentis, qui a souhaité nappé son personnage principal d’une sympathie presque trop étouffante. Pour incarner cette Beth Raymer qui suscite plus l’agacement que la compassion, c’est Rebeca Hall (Vicky Cristina Barcelona) qui a été choisi alors que pendant un an, Frears a refusé de la rencontrer. Si seulement l’actrice était l’unique problème de ce Lady Vegas

 

Extrait du film Lady Vegas (2012)
Extrait du film Lady Vegas (2012)

 

Un peu à la manière d’un spectateur devant une œuvre morne, Stephen Frears reste contemplatif. Son Lady Vegas ne contient pas réellement de relief, et les acteurs se contentent d’y jouer de la manière la plus pauvre possible. Jamais Bruce Willis n’est par exemple crédible dans la peau d’un boss du bookmaking et mentor à la fois, tiraillé par ses sentiments éprouvés pour deux femmes. Jamais Vince Vaughn en vieux filou n’est attirant ou ne déclenche chez nous une once de jouissance par rapport à la déviance du bonhomme qui fait tout dans l’illégalité. A vrai dire, on ne cherche pas à comprendre si Lady Vegas contient une réelle dénonciation dans son propos ou s’il s’agit simplement de raconter une histoire et puis s’en va. Une raison toute simple à cela : Lady Vegas n’est jamais intéressant. Ce n’est ni la comédie, ni le drame qui fera pencher la balance. Frears et son scénariste ont étudié savamment la chose afin de trouver un juste milieu. Mais à rester plan-plan aussi bien dans le fond que sur le forme – et c’est bien la forme qui est le plus inquiétant des défauts – on finit par perdre un film qui manque cruellement d’intérêt à tous les niveaux. Frears signe un long métrage sans âme ni inspiration. Un faux soap-opera dénué de passion et d’amour pour une histoire naïvement interprétée.