Comédie, Critiques de films, Romance

Critique : L’amour dure trois ans, de Frédéric Beigbeder

Lorsque Frédéric Beigbeder adapte son propre roman L’amour dure trois ans, c’est toute l’intelligence d’un esprit snob pour faire sourire et toucher en même temps, avec une certaine légèreté. N’est-ce pas ce qu’on demande à une comédie romantique conventionnelle ?

 

Affiche du film L'amour dure trois ans, de Frédéric Beigbeder
Affiche du film L'amour dure trois ans, de Frédéric Beigbeder


 

 

Marc Marronnier, critique littéraire le jour et chroniqueur mondain la nuit, vient de divorcer d’Anne. Il est sûr à présent que l’amour ne dure que 3 ans. Il a même écrit un pamphlet pour le démontrer mais sa rencontre avec Alice va renverser toutes ses certitudes.

 

 

A l’image des Houellebecq, Giono et autre Boris Vian, Frédéric Beigbeder est un écrivain « adaptable » au cinéma. Mais comme le bobo qui incarne le spirit St Germain des Près ne souhaite pas voir n’importe qui s’emparer de son œuvre, il le fait lui-même. L’occasion s’est présentée, donc pourquoi ne pas passer de l’autre côté du miroir. Il adapte alors son roman L’amour dure trois ans (Grasset), troisième du nom. Son film est désormais sous les feux des projecteurs, et Beigbeder assume.

Tout en dérision (comme lorsqu’il a tourné et parodié une émission du Cercle qui critiquait son film), il raconte beaucoup d’éléments de sa vie et se sert du format cinéma en guise d’exutoire. Le résultat est suffisamment brillant pour satisfaire. Gaspard Proust est excellent en écrivain littéraire sensible, intelligent dans le fond, mais un poil naïf et véritable girouette sur le sujet de l’amour. Il incarne à la perfection l’écrivain bobo dont la vie va basculer lorsqu’il rencontre Alice (Louise Bourgoin), la femme de son cousin (Nicolas Bedos, un brin inutile). Et si Proust s’en donne à cœur-joie dans un personnage totalement différent du sien, Louise Bourgoin confirme ses talents de femmes décomplexéx à l’écran. La délirante ex-miss météo de Canal + (où elle a connu un certain Beigbeder d’ailleurs) se lâche face caméra, séduit sans difficulté, enchaîne les dialogues avec Gaspard Proust dans une fluidité presque trop facile. Un jusqu’au boutisme qui fonctionne à l’image du personnage à contre-emploi pour Joey Starr…

 

Extrait du film L'amour dure trois ans (2012)
Extrait du film L'amour dure trois ans (2012)

 

Alors certes, L’amour dure trois ans c’est une description d’un quotidien bobo où le champagne est bu au goulot, où l’hédonisme et la richesse tiennent une place importante. Mais tout cela, Beigbeder l’assume, et cela bien avant ce film. Mieux encore, il s’en amuse. Voyez un peu comme il s’auto-tourne en dérision, comment il lance quelques piques vers la milieu de la littérature, que ce soit le prétendu écrivain Marc Levy, aux prix en carton qui ne servent qu’à lustrer le poil des maisons d’édition. Un comble quand on est sait qu’il a déjà remporté le Renaudot et l’Interallié, et est le créateur du Prix de Flore, qu’il s’auto-attribue dans le film et donc forcément qu’il critique d’une manière acidulée. Il tacle, il virevolte, il se gausse. Bref il prend son pied, d’une manière toujours décalée, fidèle à son personnage. Et au diable, les détracteurs, Beigbeder les aime autant lorsqu’ils le critiquent. Il ne pourra s’éviter quelques légitimes réprimandes sur un film un poil nombriliste et moyennement trash. Il ne pourra pas non plus contourner des réflexions « mais on en a rien à foutre de ta vie, on veut du vrai cinéma », réflexion dont il s’amuse d’ailleurs, à l’instar de sa directrice de maison, incarnée par Valérie Lemercier, cash et sans concession.

 

Reste le côté fictionnel et la comédie romantique. Le duo Proust-Bourgoin fonctionne dès les premiers contacts, la faute à un naturel séduisant et aucun dialogues superficiels.  Les dialogues coulent de source, sont servis avec intelligence. La romcom prend effet, la manière est très conventionnelle, mais attractive. Visuellement, on est loin du côté punk-trash bobo de 99 francs de Jan Kounen. Paradoxalement, sans esbroufe, L’amour dure trois ans réussit à nous toucher, aussi bien par son message sur l’amour, ses espoirs ou son pessimisme, que ses personnages. Bilan:  qu’est-ce que j’ai été con d’y croire, mais bizarrement, je ne regrette pas.

 

L’avis : Une comédie romantique qui fonctionne dès le début, avec un humour sarcastique, quelques vérités loin inintéressantes et une légèreté franchement séduisante. Bobo, mais bon.