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Critique : L'Attentat, de Ziad Doueiri

Ziad Doueiri questionne le couple dans sa quintessence sur fond de conflit isréalo-palestinien dans un film coup de poing saisissant de réalisme. Coup de cœur !

 

Affiche du film L'Attentat, de Ziad Doueiri
Affiche du film L’Attentat, de Ziad Doueiri

Dans un restaurant de Tel-Aviv, une femme fait exploser une bombe qu’elle dissimule sous sa robe de grossesse. Toute la journée, le docteur Amine, israélien d’origine arabe, opère les nombreuses victime de l’attentat. Au milieu de la nuit, on le rappelle d’urgence à l’hôpital pour lui annoncer que la kamikaze est sa propre femme. Refusant de croire à cette accusation, Amine part en Palestine pour tenter de comprendre.

Thriller psychologique adapté du roman de Yasmina Khadra (qui a récemment vu Ce que le jour doit à la nuit adapté au cinéma), L’Attentat est un film fort, tendu et attendu en même temps, dirigé d’une main de maître par Ziad Doueiri. Dès son premier quart d’heure, le cinéaste libanais, qui connaît bien le terrain en plus d’y avoir tourné son film en intégralité, dresse les enjeux d’une manière aussi simple et limpique qu’impressionnante. Amine est un talentueux docteur fraîchement primé, il est arabe. Sa femme, dont il est éperdument amoureux non sans réciprocité, part dans sa famille à Naplouse à quelques encablures de Tel-Aviv. Deux jours plus tard, une bombe explose, Amine recueille les blessés. De fil en aiguille, Doueiri déflore ce qui paraissait être le sujet du film, ce fameux attentat qui sert plutôt de point de départ, dont l’auteur n’est autre que la femme d’Amine.

 

Extrait du film L'Attentat (2013)
Extrait du film L’Attentat (2013)

Dans un cheminement traditionnel mais implacable, on suit Amine, d’abord lorsqu’il refuse de croire que sa femme puisse être la cause de pareille horreur, puis ensuite dans sa quête d’explications. Sur fond de conflit isréalo-palestinien, sujet toujours aussi complexe et fiévreux sur grand écran, L’Attentat questionne le couple, ou comment peut-on arriver à cacher ce type de convictions et d’engagement, et accessoirement, cherche l’impossible pourquoi. Le tout sans porter aucun jugement, autant de manière générale que sur les personnages. L’illustration parfaite est cette famille dysfonctionnelle, lorsque l’on va un peu plus loin que les apparences. Dans la lumière poussiéreuse de Naplouse, Amine affronte cette famille ambivalente. La tranquillité que certains veulent préserver pour ne pas avoir des problèmes, les engagements des uns, l’ignorance des autres… Amine fait face à un mur. Et lorsqu’il approche la tête pensante que sa femme (interprétée par Ruba Salameh, une peintre à la justesse incroyable) a probablement suivi dans son combat, la vérité éclate. Elle est difficile, et Ziad Doueiri pousse même le vice en montrant à quel point on peut retourner la situation en faisant d’Amine un responsable, lui qui tombe dans le piège de la stigmatisation dû à une incompréhension, parce qu’aveuglée par l’amour. Lui, le docteur bien installé à Tel-Aviv dans une belle et grande maison, que vient-il chercher sur des terres et un combat qu’il ne connaît pas ? Parce qu’il fuit depuis le début un éventuel happy-end, L’Attentat illustre l’impasse dans laquelle se trouve ce conflit qui dure, détruit ou fragilise. Au final, au-delà du film émouvant tiré par des ficelles visibles, L’Attentat est aussi un témoin de son temps, réaliste, prenant.