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Critique : Le Géant Egoïste, de Clio Barnard

Pour son premier long, la réalisatrice britannique Clio Barnard plonge dans la pauvreté endémique de Bradford et signe une puissante histoire d’amitié entre deux gamins marginaux.

 

Affiche du film Le Géant Egoïste, de Clio Barnard
Affiche du film Le Géant Egoïste, de Clio Barnard

 

Arbor, 13 ans, et son meilleur ami Swifty habitent un quartier populaire de Bradford, au Nord de l’Angleterre. Renvoyés de l’école, les deux adolescents rencontrent Kitten, un ferrailleur du coin. Ils commencent à travailler pour lui, collectant toutes sortes de métaux usagés. Kitten organise de temps à autre des courses de chevaux clandestines. Swifty éprouve une grande tendresse pour les chevaux et a un véritable don pour les diriger, ce qui n’échappe pas au ferrailleur. Arbor, en guerre contre la terre entière, se dispute les faveurs de Kitten, en lui rapportant toujours plus de métaux, au risque de se mettre en danger. L’amitié des deux garçons saura-t-elle résister au Géant Egoïste ?

 

 

La même rengaine. 50 ans que le cinéma britannique n’a de cesse de peindre et de repeindre la pauvreté, la crise, ses banlieues en proie à la misère, et ces portraits d’humains au naturel. Mais personne n’a à se plaindre. Une seule raison à cela : le cinéma britannique, que l’on dit engagé, social, réaliste, n’a nul autre égal dans le monde du septième art et sait sublimer l’homme dans ses combats et ses contradictions, sans jamais être redondant ou lassant. Et si la référence à Ken Loach ne manque pas de frapper au premier plan, Le Géant égoïste frappe par sa justesse narrative, mais également l’amour porté aux cadres, aux paysages, un temps vu de manière idyllique (comme ce clair de lune en guise premier plan à une scène de nuit qui en dira long sur la suite du travail esthétique), un autre plus noir, menaçant.

 

Extrait  du film Le Géant Egoïste (2013)
Extrait du film Le Géant Egoïste (2013)

 

Ce brio de ne jamais être dans les clichés n’est pas rappeler le très beau Tyrannosaur sorti l’an passé. Du portrait en brut, un drame à fleur de peau, la pureté de l’images se suffisant à elles-mêmes sans l’apport d’un quelconque violon. Dans Le Géant égoïste, bien que l’intrigue soit assez évidente et la fin courue d’avance, le schéma reste le même. Clio Barnard, qui signe ici son premier long métrage, retrouve le monde des ferrailleurs après avoir réalisé un documentaire (The Arbor en 2010), en apportant ici un tout point de vue, avec deux enfants, deux marginaux, deux amis. L’un est nerveux, en proie à des crises de colères maladives, et se voit déjà homme, prêt à gagner de l’argent, alors que son pote est un garçon bien en chair, timide, bouc émissaire, amoureux de la nature (et notamment des chevaux). Le premier défend le second à l’école qu’il voit comme une sorte de prison, qui inconsciemment semble indiquer que le système éducatif n’est pas adapté et que la vie extérieure, sauvage et faite de dangers, est bien plus attirante.

 

Extrait  du film Le Géant Egoïste (2013)
Extrait du film Le Géant Egoïste (2013)

 

Le Géant égoïste est une fable magnifique, moderne et bouleversante. La performance de Conner Chapman, acteur non-professionnel, dont la fougue et l’énergie ahurissante, illustre bien la réussite de ce film, aux antipodes d’un cinéma plus commercial, plastique et forcément plus riche (financièrement). La quête humaniste de ce long métrage n’est pourtant une finalité en soi. On sent dans ce film comme l’envie de dresser un portrait neutre et en même temps artistique, un désir empli de fougue et de maîtrise technique. En somme, un bijou d’authenticité façonné par le monde actuel, une immersion fascinante et touchante dans un cadre que l’on croit connaître – on en revient au premier paragraphe – mais qui réserve encore des surprises enchanteresses.