Comédie, Critiques de films, Romance

Critique : Le Grand Méchant Loup, de Nicolas Charlet, Bruno Lavaine

Adaptation moderne du conte Les trois petits cochons façon versaillais, Le Grand Méchant Loup a séduit la critique. A juste titre ?

 

Affiche du film Le Grand Méchant Loup, de Nicolas Charlet, Bruno Lavaine
Affiche du film Le Grand Méchant Loup, de Nicolas Charlet, Bruno Lavaine

 

Il était une fois trois frères qui vivaient heureux. Du moins le pensaient-ils. Un jour leur maman eut un accident. Alors Henri, Philippe et Louis se mirent à se questionner sur le sens de leur vie. Une grande vague de doutes pour ces quarantenaires versaillais sans histoire, qui suffit à leur faire entrouvrir la porte à l’inédit, à l’interdit, à l’aventure… au Grand Méchant Loup!

 

Un poil de misogynie, des bons sentiments, quelques vérités, un peu de charme, quelques facilités, du prévisible… Le Grand Méchant Loup est l’archétype du film, celui dont on sort de la salle ni déçu, ni charmé. Transposition moderne du célèbre conte de notre enfance, mais également remake du long-métrage canadien Les 3 p’tits cochons signé Patrick Huard (l’acteur de Starbuck), le film du duo Nicolas Charlet et Bruno Lavaine n’avait pas été montré à la presse tout en recevant pourtant de belles critiques au lever du matin, mercredi 10 juillet. Que de mystère donc, de quoi titiller notre curiosité pour aller se délecter de cette comédie où un casting pour le moins alléchant était réuni.

 

Extrait  du film Le Grand Méchant Loup (2013)
Extrait du film Le Grand Méchant Loup (2013)

 

Alors, comment outrepasser les arguments que l’on voit venir à des kilomètres autour de nos trois sympathiques petits cochons / bourgeois versaillais, du style misogyne, bling bling, beauf, non advenu et clichés ? Car s’il y a probablement une vérité là-dedans, c’est aussi pour mieux en rire. Comme souvent, et un peu à l’instar du film Les Infidèles, ce type de décor est souvent usité pour mettre en scène la crise de la quarantaine, si tant est qu’il y ait un peu plus d’originalité au programme. Ni plus ni moins, Le Grand Méchant Loup nous emmènera sans réelles embûches jusqu’à son final, malgré une voix-off godardienne explicative et omniprésente. Le duo de réalisateurs, à qui l’on doit La personne aux deux personnes, nous dresse des portraits loin d’être erronés, puisqu’intelligemment différents. Tout commence avec le premier cochon, Benoît Poelvoorde, dont la vie tranquille et posée bascule lorsqu’il rencontre une superbe créature, juvénile, pétillante et canon (Charlotte Le Bon), laquelle ne va pas tarder à mettre à mal ses certitudes. Doit-il flirter, tromper sa femme, et puis finalement, est-ce bien tromper, peut-on aimer deux personnes en même temps, c’est quoi le vrai amour… Tout autant de questions, auxquelles sa femme (la délicieuse Valérie Donzelli) répondra par une porte au nez. Il se retrouve chez le second larron, le plus faible des petits cochons (Fred Testot), un naïf soumis, addict aux pornos, manière inconsciente de sortir d’un quotidien régi par sa femme (Léa Drucker) fonctionnaire de police, avec qui il n’a aucune véritable relation amoureuse sincère, mais bien forcée. De son côté, le pervers maladif croit alors trouver le bonheur, ou un truc dans ce genre-là, avec une belle asiatique (Linh-Dan Pham) de son cours d’aïkido. Tous deux mis à la porte, il se retrouve chez l’aîné (Kad Merad, toujours décevant), l’homme de la droiture – qui cache bien son jeu – et tente de tenir une famille impeccable, remplaçant le moindre détail pour masquer le doute ou le manque.

 

Extrait  du film Le Grand Méchant Loup (2013)
Extrait du film Le Grand Méchant Loup (2013)

 

Teintée de réflexion philosophiques qui prouvent bien à quel point la philosophie est présente dans la vie de tous les jours, Le Grand Méchant Loup s’impose comme une comédie agréable qui distille ses quatre vérités sur 1h45. Sa réelle force, bien loin d’un scénario dont on ne peut contester les faiblesses et facilités d’écriture, c’est ce casting éclectique emmené par Benoît Poelvoorde au four et au moulin face à ses deux compères. Les superbes actrices, souvent épinglées par nombre défauts, électrisent avec bien du charme ce long-métrage.