Comédie, Critiques de films

Critique : Le Grand Soir, de Benoit Delépine et Gustave Kervern

Les deux réalisateurs grolandais continuent de prôner le cinéma libertaire et libéré avec le jubilatoire Grand Soir, leur dernier long métrage mettant en scène l’excellent duo Benoit Poelvoorde – Albert Dupontel. Jouissif !

 

Affiche du film Le Grand Soir, de Benoit Delépine et Gustave Kervern
Affiche du film Le Grand Soir, de Benoit Delépine et Gustave Kervern

 

Les Bonzini tiennent le restaurant ‘la Pataterie’ dans une zone commerciale.
Leur fils ainé, Not, est le plus vieux punk à chien d’Europe.
Son frère, Jean Pierre, est vendeur dans un magasin de literie.
Quand Jean Pierre est licencié, les deux frères se retrouvent.
Le Grand Soir c’est l’histoire d’une famille qui décide de faire la révolution … à sa manière.

 

No Future. Le cri de guerre punk magnifié par les Sex Pistols lors du mouvement punk de la fin des années 60 résonne encore plus de 50 ans après. Dans un autre genre, avec des outils différents et une manière de l’illustrer plus populaire, le duo Kervern – Delépine sont les gourous moderne de ce cri libertaire qui satisfait si rarement nos oreilles dans les salles obscures. Ils aiment bousculer nos habitudes, s’amusent à casser les codes en jouant d’une manière très savoureuse avec, dirigent leurs acteurs avec un brio rare qui fait plaisir à voir, et surtout leur cinéma reste profondément identifiable et continue d’attirer le regard et le public dans les salles. En somme, c’est un peu de tout ça qu’on retrouve dans le cinquième long métrage de ce duo d’enfants terribles du petit écran. Depuis Aaltra en 2004, les deux n’ont eu de cesse de jouer avec l’humour, les chroniques sociales, leurs personnages atypiques qu’on voit si peu au cinéma, dans une esthétique sans glamour ni paillettes. On s’y est habitué, non sans plaisir, et force est de reconnaître que l’ensemble fonctionne toujours ici bien, si ce n’est mieux que par le passé.
Extrait du film Le Grand Soir
Extrait du film Le Grand Soir
Après Mammuth, délicieuse petite chronique sociale engagée où Depardieu jouait un jeune retraité à la recherche de ses points sur fond de quête initiatique, le duo de réalisateurs-scénaristes pose ses valises à Bègles et invite Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel à jouer les marioles punks le temps d’un long métrage. Pas vraiment d’histoire dans Le Grand Soir, juste un brin de de scénario suffisant (une histoire fraternelle où le mot famille est tourné dans tous les sens) pour un beau mélange des thématiques chères aux réalisateurs. Un brin de critique sociale avec dans le viseur la traditionnelle lutte des classes dans une société aveuglée par le consumérisme, une redéfinition du mot crise – notamment lors d’un passage savoureux ou Not, personnage joué par Poelvoorde, critique les clients qui se disent en difficulté mais viennent vider leurs comptes en banque dans des enseignes qui fabriquent leurs produits à l’étranger – agrémentent cette jubilatoire quête de liberté. Si le film démarre trop lentement, sans réel humour ni propos captivants, c’est pour mieux se libérer ensuite et servir près d’une heure de comédie sauce Kervern-Delépine. Des moments savoureux, des acteurs communicatifs et une sensation de proximité grandissante avec l’histoire, Le Grand Soir devient vite ce que l’on attendait du tandem : une comédie empreinte de bonne volonté, rafraîchissante et loin d’être stéréotypée. On en vient même à se prendre d’affection pour le côté pote du film – et c’est souvent un défaut malheureux – lorsque ce dernier convie au festin et à plusieurs reprises Didier Wampas et sa musique punk libérée. Comme un symbole. Les ingrédients du bon moment sont là, que demander de plus lorsque l’époque est morne ou ennuyeuse…
Extrait du film Le Grand Soir
Extrait du film Le Grand Soir
L’avis : Salué à Cannes avec beaucoup de justesse, le duo Gustave Kervern – Benoît Delépine montre qu’il ne s’essouffle pas d’un poil. Avec Le Grand Soir, les deux persistent dans leurs élans libertaires et assurent qu’avec un coeur gros comme ça, on peut faire de la comédie avec un humour déviant totalement assumé. Putain qu’est-ce que ça fait du bien !