Animation, Comédie, Critiques de films

Critique : Le Lorax, de Chris Renaud

Les créateurs de l’excellent film d’animation Moi, moche et méchant reviennent avec l’écolo-partisan Le Lorax, une œuvre attachante aux chromatiques saillantes. Chronique.

 

 

Affiche du film Le Lorax, de Chris Renaud
Affiche du film Le Lorax, de Chris Renaud

 

Pour conquérir le cœur de sa jolie voisine, Audrey, Ted va s’échapper de Thneedville, un monde totalement artificiel où toute végétation a définitivement disparu, pour partir en quête d’un arbre vivant. Ted va rencontrer le Gash-pilleur, un vieil ermite aigri reclus dans sa cabane au milieu de nulle part, et découvrir la légende du Lorax, cette créature aussi renfrognée que craquante qui vit dans la magnifique vallée de Truffala et lutte avec ardeur pour la protection de la nature. Avec l’aide de sa grand-mère, Mamie Norma, Ted va devoir déjouer les pièges de O’Hare et ses sbires pour rapporter à Audrey la dernière graine d’arbre vivant au monde. Sans le savoir, le jeune garçon va transformer le destin de Thneedville.

 

Depuis Moi, moche et méchant, le monde de l’animation et du film familial peut compter sur deux nouveaux talents, le duo des Chris, Meledandri/Renaud. Leurs armes, une animation attractive, fluide, colorée, des histoire simples et compréhensibles. On y flirte aisément avec le bon sentiment et la narration y est limite naïve, mais qu’importe, cela fonctionne aussi bien avec le public jeune que les parents. La recette magique n’a rien d’éprouvée – quoique – vu ce qui ressort du Lorax, nouveau joujou du duo. Adaptation du fameux ouvrage The Lorax, écrit par un des auteurs de livres pour enfants des plus populaires, Theodor « Dr Seuss » Geisel, cette ode à la nature résonne fortement comme un bourrage de crâne pro-écolo. Fort heureusement, tout cela est bien atténué par une histoire rythmée et des personnages attachants. Tout repose sur l’alchimie entre un univers attrayant et une histoire des plus académiques, et non moins efficace.

 

Extrait du film Le Lorax (2012)
Extrait du film Le Lorax (2012)

 

Le Lorax version 2012 joue sur plusieurs longues ellipses – assurément les meilleurs passages du film soit dit-en passant – et accroche la rétine grâce à une gamme chromatique attrayante. Une sorte d’enchantement ressort de cette vallée peuplée de Truffalas (des arbres magnifiques aux couleurs vives) aussi bien grâce à la lumière qui s’y distingue que les personnages, du Lorax bien sûr aux secondaires et adorables peluches appelées Barbalous ou les Poissounets. Bref, tout un petit monde bien sympathique dont l’alchimie vient à être brisée lorsqu’un ambitieux rejeton qui aimerait prouver à sa famille qu’il veut réussir – le manichéisme pour les Nuls – trouve dans les truffalas un moyen de lancer sa petite affaire… quitte à bousculer la tranquillité de ce joli petit coin de paradis. En dehors des ellipses, le retour au monde réel se fait via Thneedville, une ville construite de toute pièce où aucun arbre ni végétation ne poussent. Tout comme la vallée de Truffalas, Thneedville est un univers à part entière, attirant comme un parc d’attraction, tant les habitants sont choyés afin de leur cacher la réalité. C’est relativement naïf malgré le véritable travail esthétique et les efforts déployés à rendre l’ensemble sympathique (la musique de John Powell joue un rôle stratégique). Le Lorax se résume donc à deux univers riches d’une multitude de personnages, où la couleur tient une place prépondérante, pour mieux interpeller le regard de l’enfant et rendre son propos accessible. A moins d’être complètement à côté de la plaque, difficile de ne pas comprendre ce qui est présenté sous nos yeux. Les ficelles sont trop évidentes pour assurer au film une crédibilité à toute épreuve – c’est là que Moi, moche et méchant faisait la différence – et les méthodes sont relativement semblables, les références au précédent cité, trop évidentes.

 

L’avis : Sans arriver au niveau de Moi, moche et méchant, le duo Meledandri/Renaud réitère le même mécanisme et adapte une œuvre pour enfants qui a bercé de nombreuses générations. Du Lorax avant-gardiste dans son propos en 1971, la version 2012 dégouline de naïveté et de propos bien partisan, ce qui n’empêche guère l’histoire de développer de nombreuses attaches pour le spectateur, notamment grâce à l’esthétique chatoyante et la clarté de ses personnages.