Animation, Comédie, Critiques de films

Critique : Le Magasin des Suicides, de Patrice Leconte

Patrice Leconte adapte en film d’animation l’œuvre de Jean Theulé et provoque une touchante hilarité avec son Magasin des Suicides.

Affiche du film Le Magasin des Suicides de Patrice Leconte
Affiche du film Le Magasin des Suicides de Patrice Leconte

Imaginez une ville où les gens n’ont plus goût à rien, au point que la boutique la plus florissante est celle où on vend poisons et cordes pour se pendre. Mais la patronne vient d’accoucher d’un enfant qui est la joie de vivre incarnée. Au magasin des suicides, le ver est dans le fruit…   Se moquer de la mort ou du malheur des gens avec autant de réalisme et de joie est un fait rare au cinéma. Ceux qui y recherchent l’originalité seront sûrement comblés par ce film d’animation à la fois comique, musical et profondément attachant.Un film noir, aussi bien dans son humour que dans sa gamme chromatique où le fameux magasin des suicides tenu par une famille délirante, déroute par ses couleurs vivifiantes. Une ardente chaleur s’en déroute alors que le sujet est pourtant grave : son gérant postule à vendre la mort à ceux qui souhaitent quitter un monde profondément déprimant. Jusqu’à ce que la matrone mette au monde un troisième enfant qui ne sait pas faire autre chose que de sourire. Sauf que lui ne connaît pas l’ironie ou le ton sarcastique. Un comble. Il va pourtant distiller le bonheur. Et si le récit verse volontairement dans les mièvreries et perd de son humour lorsqu’il lorgne dans le rose bonbon ou une scène capilotractée à base d’électro bourrine, c’est pour mieux marquer l’attachement que nous pourrions porter aux personnages et à cette ambiance subversive qui nappe l’intégralité de ce film d’animation.

Extrait du film Le Magasin des Suicides (2012)
Extrait du film Le Magasin des Suicides (2012)

On en savoure plus l’humour noir et déglingué de la première partie, un sans faute où même la 3D trouve son intérêt grâce à une belle profondeur. L’aspect musical, omniprésent, sert les dialogues autant qu’il ambiance ce qui est montré à l’écran dans une animation fluide et non tapageuse. Les textes y sont soignés et d’une apparente sensation de répétition, Le Magasin des Suicides finit par faire décoller son spectateur, pris dans un tourbillon d’émotions, de sons et de lumières. Les quelques défauts, comme une seconde partie plus terne, où Patrice Leconte semble hésiter entre le subversif (une scène de strip-tease très hot avec la sœur de la famille) et d’étranges choix pour son twist, n’auront pas de réelles incidences sur l’ensemble, tant Le Magasin des Suicides réussit à divertir, aussi bien par son humour que par l’identité visuelle.