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Critique : Le Monde de Charlie, de Stephen Chbosky

Passage obligé du cinéma américain, l’adolescence, ses douleurs comme ses plaisirs, est traitée avec délice dans le touchant Monde de Charlie, adaptation d’un best-seller par son propre auteur.

 

Affiche du film Le Monde de Charlie, de Stephen Chbosky
Affiche du film Le Monde de Charlie, de Stephen Chbosky

 

Au lycée où il vient d’entrer, on trouve Charlie bizarre. Sa sensibilité et ses gouts sont en décalage avec ceux de ses camarades de classe. Pour son prof de Lettres, c’est sans doute un prodige, pour les autres, c’est juste un « loser ». En attendant, il reste en marge – jusqu’au jour où deux terminales Patrick et la jolie Sam, le prennent sous leur aile. Ils vont l’introduire à la musique, aux fêtes et au sexe… Pour Charlie, un nouveau monde s’offre à lui….

 

 

Dans sa première lettre du 25 août 1991, Charlie dit : « Il faut d’abord que tu saches que je suis à la fois triste et heureux, et que j’ai toujours pas compris comment ca se fait ». Une expression gauche et légère qui me rappelle doucement cette sortie de salle il y a un mois et demi, après avoir découvert Le Monde de Charlie (The Perks of Being a Wallflower en version originale). Triste et heureux, ce que l’on peut ressentir sans difficulté après avoir vu ce qui figure comme le second long-métrage de Stephen Chbosky, écrivain et auteur du livre Pas Raccord, véritable best-seller et parmi les meilleures publications fictionnelles sur l’adolescence. Avec la double casquette de réalisateur/scénariste, Chbosky se permet d’adapter librement son roman, écrit sous une forme épistolaire qui ne sera pas tenue dans le long-métrage qui nous concerne. Une liberté qui permet à son auteur d’imager à sa manière ce qu’il écrit avec une maladresse terriblement attachante, à travers le personnage de Charlie. Celui-ci, campé par Logan Lerman (qui a eu le malheur de se révéler au grand public avec l’horrible Percy Jackson) étale ses mièvreries, en fait des tonnes pour hisser sur ses épaules un personnage irrésistiblement bouleversant. Chbosky en évite la destruction en installant une longue voix-off, en réponse à l’épistolaire de circonstance dans le roman.

 

Extrait du film Le Monde de Charlie (2013)
Extrait du film Le Monde de Charlie (2013)

 

Le Monde de Charlie fonctionnera pourtant à merveille. Une synergie bluffante entre les trois acteurs, des propos qui résonnent et rappellent des années lycées, et une foncière tendance à offrir un pied-de-nez à tout ce que le cinéma américain a pu offrir sur le thème de l’adolescence. Je ne parle pas du faux-phénomène et pitoyable Projet X, mais plus des Juno, Submarine ou Summertime. Les errements de l’adolescence fragile, les sentiments, la destruction, l’évolution d’un corps, une maturité naissante, la sexualité, les relations familiales, son environnement. Tout autant d’items que Le Monde de Charlie va habilement décortiquer par le biais de ce trio. L’inévitable Ezra Miller – assurément l’un de mes acteurs favoris chez les jeunes nouveaux – dynamite le film, quand Emma Watson (définitivement coupée de son personnage d’Hermione Granger dans Harry Potter) scintille de charme, et que Logan Lerman prend enfin toute la mesure de son personnage. Charlie (et ses deux acolytes) nous ressemblent d’une manière ou d’une autre. Ce que nous dit Stephen Chbosky, c’est qu’il n’est pas seulement le bouc-émissaire solitaire, mais plus un garçon sensible, portant une histoire et qui cherche à s’exprimer par tout ce qui peut lui passer sous les mains. C’est surtout par l’écriture dans le roman, ce sera par la musique (une superbe bande originale qui répond à celle instiguée dans le bouquin) ou bien les sentiments.

 

Extrait du film Le Monde de Charlie (2013)
Extrait du film Le Monde de Charlie (2013)

 

Filmé avec des idées de cinéma comme un cinéaste expérimenté, le film de Stephen Chbosky maîtrise son sujet et arrive à conserver sur la longueur toute l’essence de son objet littéraire original. Des choix musicaux à ceux des images ou même du texte, Chbosky ne laisse rien au hasard et navigue facilement entre les scènes fortes et des moments plus intimistes. Le Monde de Charlie contient son lot d’inspirations larmoyantes et pour autant somptueuses, comme le passage du pont en 4×4, métaphore de la libération des corps et de l’esprit. Derrière les ficelles visibles de la narration, Le Monde de Charlie touche par la beauté de son histoire, sa singularité si évidente et l’osmose qui s’opère dans le trio d’acteurs.

 

 

L’avis : Loin d’être le mélo pour adolescents pré-pubères en mal d’émotion, Le Monde de Charlie est une quasi parfaite adaptation de son roman originel. Le long-métrage a gardé l’essence du style épistolaire en permettant une liberté qui servira à Chbosky de véritable tremplin, aussi bien dans l’utilisation de certains plans, que dans les textes ou la musique. Face à d’autres productions ayant planché sur le sujet, Le Monde de Charlie conserve la justesse de son récit, assume ses imperfections pour mieux faire vivre sa narration à fleur de peau qui touchera l’adolescent qui sommeille dans tout un chacun.