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Critique : Le Monde Fantastique d'Oz, de Sam Raimi

Après la saga Spider-Man, Sam Raimi s’approprie le mythique magicien d’Oz et se pose comme un fabuleux faiseur de blockbuster.

Affiche de Le Monde fantastique d’Oz

Lorsque Oscar Diggs, un petit magicien de cirque sans envergure à la moralité douteuse, est emporté à bord de sa montgolfière depuis le Kansas poussiéreux jusqu’à l’extravagant Pays d’Oz, il y voit la chance de sa vie. Tout semble tellement possible dans cet endroit stupéfiant composé de paysages luxuriants, de peuples étonnants et de créatures singulières ! Même la fortune et la gloire ! Celles-ci semblent d’autant plus simples à acquérir qu’il peut facilement se faire passer pour le grand magicien dont tout le monde espère la venue. Seules trois sorcières, Théodora, Evanora et Glinda semblent réellement douter de ses compétences…
Grâce à ses talents d’illusionniste, à son ingéniosité et à une touche de sorcellerie, Oscar va très vite se retrouver impliqué malgré lui dans les problèmes qu’affrontent Oz et ses habitants. Qui sait désormais si un destin hors du commun ne l’attend pas au bout de la route ?

En s’emparant d’un sujet aussi fort dans la culture américaine, Sam Raimi avait misé gros. Double même. Son premier objectif était de perpétuer l’univers fantastique de L. Frank Baum, l’auteur du roman pour enfants, de lui rendre hommage, sans le piller ni le dénaturer. Pour se faire, l’angle sera d’écrire un prequel au fameux Magicien d’Oz immortalisé sur grand écran par Victor Fleming aux prémices de la Seconde Guerre mondiale. Le second objectif, plus commercial à n’en pas douter, était de réaliser un blockbuster très familial – bien plus grand public encore que la saga Spider-Man qui reste un succès inébranlable que le reboot n’a même pas su battre – et de faire oublier à Disney la bévue John Carter qui avait laissé des traces mémorables chez cette grande maison de l’entertainment familial. Avec Le Monde Fantastique d’Oz, Sam Raimi a tout simplement rempli son contrat, avec un brio et une maîtrise qui ferait presque regretter sa rareté à l’écran.

Extrait de Le Monde fantastique d’Oz

Rien n’était gagné d’avance. D’ailleurs, avec Le Monde Fantastique d’Oz, Sam Raimi risque de dérouter ses fans de la première heure. Homme qui aime à dire qu’il se situe hors des conventions, auteuriste qui chérit le cinéma de genre comme peu savent le faire, Sam Raimi s’essaye à nouveau dans le blockbuster sans avoir les libertés auxquelles il pourrait prétendre. Oz peut s’y prêter, puisqu’au-delà du film fantasmagorique, il y a de nombreuses influences d’un cinéma de genre qui habitent ce roman, puis ses différentes adaptations. Hélas, il faut aller chercher dans les moindres petits détails pour aller savourer les quelques miettes de la « Raimi touch ». Des références à ses films d’horreur les plus célèbres, d’Evil Dead à Jusqu’en Enfer sont présentes et disséminées avec subtilité dans une narration lisse qui évite soigneusement de laisser plonger son spectateur dans l’émotion. Quand Raimi filme la noirceur, il retrouve cette ironie, cette fluidité, cette étrange gestion du frisson et l’ouverture à l’inattendu. On sent bien cette envie d’y rester plus longtemps, mais c’est la féerie qui prime dans ce blockbuster familial qui doit rester ouvert au plus grand nombre. Et chaque chapitre de ce film nous le rappelle inévitablement. On est tout de même dans un pur Disney se revisitant de manière très nombriliste (multiples références de conte, omniprésence de la féerie jusqu’à étouffement).

Extrait Le monde fantastique d’Oz .

Il ne fait pourtant aucun doute que Sam Raimi s’est posé, ou plutôt réaffirmé, comme un grand faiseur de spectacle. Le cinéaste manie la caméra et le numérique avec une beauté qui laisse légèrement sans voix. Ajoutez à cela que la 3D est relativement bien utilisée, que ce soit dans une première partie en noir et blanc pleine de références et d’hommages hollywoodiens, à une seconde se parant de couleurs, lumineuses, fantasmatique et d’une richesse infinie. Sam Raimi y essaye bien d’exploiter un bestiaire fantastique sans perdre de vue sa narration. Derrière les longueurs qui habitent ce long-métrage se cache un véritable amour à un univers qu’il ne souhaite pas quitter. Alors autant rendre l’action la plus longue et la plus vivante possible. Quitte à lasser, notamment dans une seconde partie plus naïve et interminable. Ce sens du spectacle, Sam Raimi le maîtrise à merveille, avec une aisance qui rappelle que Spider-Man n’était pas juste qu’un trip geek d’un grand gamin souhaitant mettre en scène son héros favori.

Intéressant aussi sera ce que renferme un film à la richesse insoupçonnée derrière sa façade esthétique aguicheuse. Le Monde Fantastique d’Oz est, des premières secondes jusqu’au dernier plan, une longue réflexion d’un metteur en scène sur son métier, sur cette faculté à créer l’illusion, jusqu’où peut-il berner le public et à partir de quel moment la sincérité et le cœur rentrent en jeu. Au travers du personnage interprété par un James Franco qui cabotine à merveille, Sam Raimi s’illustre lui-même, autant que ses confrères réalisateurs. Il questionne son métier, son univers, rend des hommages, et interroge le spectateur. Comme peut-on réagir face à un magicien de l’image, maître de l’illusion, des effets spéciaux, du spectacle grandiloquent, un homme qui s’amuse avec les émotions via des outils dont lui seul peut tirer le meilleur ? Tout simplement, se laisse porter, accepter l’invitation au voyage et à la féerie, au spectacle unique et fédérateur. C’est toute la définition d’un blockbuster. Et c’est également le plus simple message laissé par ce Monde Fantastique d’Oz.