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Critique : Les Âmes Vagabondes, d'Andrew Niccol

Après Twilight, Les Âmes Vagabondes prouve qu’adapter Stephenie Meyer au cinéma relève de l’impossible. Chronique d’un désastre.

 

 

Affiche du film Les Ames Vagabondes, d'Andrew Niccol
Affiche du film Les Ames Vagabondes, d’Andrew Niccol

 

La Terre est envahie. L’humanité est en danger. Nos corps restent les mêmes, mais nos esprits sont contrôlés. Melanie Stryder vient d’être capturée. Elle refuse cependant de laisser place à l’être qui tente de la posséder. Quelque part, caché dans le désert, se trouve un homme qu’elle ne peut pas oublier. L’amour pourra-t-il la sauver ?

 

 

 

Pourquoi. Pourquoi Andrew Niccol, prince du cinéma d’anticipation à qui on doit Bienvenue à Gattaca ou le scénario de The Truman Show, est-il allé se fourvoyer dans une telle immondice ? Non seulement réalisateur, Niccol s’est vu adjuger la casquette de scénariste, surveillé de près par l’auteure du roman originel, Stephenie Meyer à qui on doit Twilight. On se souvient d’ailleurs que la saga au cinéma, forte de cinq chapitres, n’a pas fait dans la régularité en changeant constamment ses unités de direction. Mais soit, à l’instar de Catherine Hardwicke (réalisatrice du premier chapitre), spécialiste des troubles adolescents, on se dit qu’avec Niccol, spécialiste de l’anticipation, on n’a trop rien à craindre sur la finalité des Âmes Vagabondes d’autant que la bande-annonce, plutôt alléchante, laissait entrevoir une histoire complexe, certes taillée par et pour des adolescents, mais tiraillée et non dénuée de propos…

 

 

Sortie de salles. On pousse un « ouf » de soulagement. Les Âmes Vagabondes ne sera pas une saga. Parce que derrière son indéboulonnable empreinte mormone (groupuscule résistante, secte, dictature moderne, idée de famille parfaite…), l’adaptation lissée d’Andrew Niccol est une affreuse bévue. Une véritable coquille vide, hésitant entre une science-fiction banalisée et faussement rigolote, et une romance exacerbée qui donne dans le ridicule et renvoie le couple de vampires de Dame Meyer aux oubliettes. A croire que Twilight était au moins plus intéressant, présentant des enjeux suffisamment captivants et une action digne d’exister. Tactiquement, c’est bien joué : on essaye de nous faire avaler que la saga Twilight valait le coup d’œil, en nous infligeant cet incroyable nanar juste derrière. Curieux de voir quelle attitude la critique adoptera après avoir découvert Les Âmes Vagabondes quand on voit sa haine à l’encontre de Twilight.

 

Extrait du film Les Ames Vagabondes (2013)
Extrait du film Les Ames Vagabondes (2013)

 

Au départ, Les Âmes Vagabondes, c’est un bouquin complexe à l’image de son prologue. En quelques mots, c’est avant tout l’histoire d’une âme dans un corps humain qui résiste à cette dernière, laquelle tente de prendre le pouvoir comme toutes les âmes ont réussi à le faire sur les autres hommes de cette planète envahie. Si on s’en tient au livre, résumer l’histoire s’avère assez complexe. Au cinéma, c’est d’une simplicité sans nom. Dès l’ouverture du film, on comprend que tout sera très pédagogique, expliqué dans le moindre détail (on évite ainsi de perdre le spectateur dans un univers finalement pas aussi riche qu’il n’en a l’air).

 

Extrait du film Les Ames Vagabondes (2013)
Extrait du film Les Ames Vagabondes (2013)

 

A l’écran, le personnage principal reste l’humaine, Melanie (que joue la très talentueuse Saoirse Ronan, ici transparente), dont le portrait, taillé dès les premiers plans, la dessine comme une rebelle résistante à l’oppression. Tiraillée dans le roman entre ses convictions et cette coopération forcée avec une âme (Gaby), Melanie échappe à la Traqueuse (incarnée par une Diane Kruger pas une seconde crédible dans la peau d’une vilaine) pour tenter de rejoindre les derniers humains résistants à ces aliens dont on ne sait rien. Par chance, elle tombera sur le reste de sa famille encore vivante, qui se cache aux côtés de survivants, dans une magnifique grotte, où ils ont appris à vivre en autarcie. Parmi cette poignée d’humains, l’amour de Melanie, Jared (le beau Max Irons). Sauf que la belle au regard habitée n’est pas reçue comme elle l’espérait intérieurement. Son âme n’est pas la bienvenue. Sauf pour Ian qui s’éprend de Gaby. Et voilà comment s’installe une relation triangulaire qui essuiera nombres de scènes pleines de naïveté et d’eau de rose périmée. En ligne de mire, un des passages les plus ridicules vus depuis des lustres : Gaby, pour faire revenir Melanie passée on ne sait où, essaye de susciter la jalousie de cette dernière en embrassant Ian. Comme cela ne fonctionne pas, elle se dit qu’embrasser l’amour de Melanie (Jared, ne vous perdez pas en route, ça serait con) provoquerait la jalousie obligée de Melanie. Alors elle dit : « Jared, pour faire revenir Melanie, il faut que tu m’embrasses ». L’autre, incrédule, lui répond par l’affirmatif. Soyez-en certain avec cette scène, aucun jeu d’acteur ne peut la récupérer. Aucun. Le malaise est profond.

 

Extrait du film Les Ames Vagabondes (2013)a
Extrait du film Les Ames Vagabondes (2013)

 

Autre véritable soucis de ce film dirigé par un Andrew Niccol qui s’évertue à sublimer un monde entre modernité et espaces sauvages : le rythme en dent de scie. Tout ce que Les Ames Vagabondes gagne en action, il le perd dans ses longueurs, répétitions et mièvreries incessantes. Les personnages sont sans relief, semblant errer dans une narration pauvre et vouée à l’échec. Les acteurs ne sont guère plus convaincants et nous ramène à un constat sans équivoque : être bon acteur ne peut sauver un personnage bâclé. De quoi donner raison à Kristen Stewart, plutôt convaincante et intéressante, en dehors de la saga Twilight…

 

 

En somme, si vous pouviez éviter Les Ames Vagabondes, personne ne vous en tiendra rigueur parce que… Et puis merde, autant ne pas vous mentir : Stephenie Meyer espère encore ajouter deux tomes en vue d’une trilogie. Amen