Animation, Critiques de films

Critique : Les Aventures de Tintin – Le Secret de la Licorne de Steven Spielberg

Grand divertissement en perspective, Le Secret de la Licorne est l’aventure de Tintin adaptée au cinéma, sous la direction du maestro « marin d’eau douce » Steven Spielberg.

Parce qu’il achète la maquette d’un bateau appelé la Licorne, Tintin, un jeune reporter, se retrouve entraîné dans une fantastique aventure à la recherche d’un fabuleux secret. En enquêtant sur une énigme vieille de plusieurs siècles, il contrarie les plans d’Ivan Ivanovitch Sakharine, un homme diabolique convaincu que Tintin a volé un trésor en rapport avec un pirate nommé Rackham le Rouge. Avec l’aide de Milou, son fidèle petit chien blanc, du capitaine Haddock, un vieux loup de mer au mauvais caractère, et de deux policiers maladroits, Dupond et Dupont, Tintin va parcourir la moitié de la planète, et essayer de se montrer plus malin et plus rapide que ses ennemis, tous lancés dans cette course au trésor à la recherche d’une épave engloutie qui semble receler la clé d’une immense fortune… et une redoutable malédiction. De la haute mer aux sables des déserts d’Afrique, Tintin et ses amis vont affronter mille obstacles, risquer leur vie, et prouver que quand on est prêt à prendre tous les risques, rien ne peut vous arrêter…

« Comment est votre soif d’aventure Capitaine ? – Insatiable ». En appelant sa suite logique (Le Trésor de Rackham le Rouge), Steven Spielberg et ses scénaristes pensent avoir duper le public. En mixant les deux albums (Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge), et terminant sur un final bien précis, le public assiste à un patchwork des Aventures de Tintin portées sur grand écran, avec la 3D pour couronner le tout. Au nom du bon divertissement, le célèbre réalisateur des Dents de la Mer, Indiana Jones ou encore E.T a décidé de mettre les petits plats dans les grands. Très grosse production, le projet Tintin au cinéma, c’est près de 140 millions de dollars en terme de budget. Question prouesse technologique, Tintin au cinéma ravira les fans du numérique. En effet, Le Secret de la Licorne a été réalisé en performance capture, c’est-à-dire que tout est tourné en studio, sans aucun décor. Les acteurs sont quant à eux dotés de combinaisons recouvertes de capteurs numériques permettant aux logiciels informatiques de les reproduire à l’identique en images de synthèses.

Les aficionados de l’entertainment vont donc en prendre pleins les yeux, à l’image du générique d’ouverture qui donne le ton. Une petite histoire qui rend hommage à l’œuvre d’Hergé à base de clins d’œil chipés dans différents albums. L’hommage est largement respecté, peut-être trop. On voit que les scénaristes (pour l’histoire) et graphistes (pour les décors et l’intégration d’objets) ont pris le soin de le faire, afin de cautionner cette adaptation au cinéma. C’est comme une obligation, une forme de respect. Mais tout cela est bien minimaliste. Car ce Secret de la Licorne est tout sauf une bonne adaptation. Loin d’être fidèle, le film de Spielberg fait un mixage apparemment habile entre, Le Secret de la Licorne et Le Trésor de Rackham le Rouge mais également Le Crabe aux Pinces d’Or, tout en offrant aux spectateurs des clins d’œil d’albums comme Le Lotus Bleu, Le Sceptre d’Ottokar ou encore Les Sept Boules de Cristal et Tintin au pays de l’or noir. On note par exemple tout un passage dantesque dans le port fictif de Bagghar (qui est présent dans Le Crabe aux Pinces d’Or). On y insère donc facilement des éléments d’action comme une scène de course-poursuite ahurissante dans les rues de la ville pour récupérer les parchemins de La Licorne. Ne serait-on pas tombé dans la surenchère, aussi intelligente soit-elle ?

Sous couvert du tout divertissement, Steven Spielberg et consorts se sont payé une belle partie plaisir avec Tintin. Il faut dire qu’il en rêvait l’ami Spielberg,  après avoir acheté les droits de la bande-dessinée en 1984 (sans commentaire sur la date d’acquisition). Hergé se retourne dans sa tombe. Pas autant qu’Alexandre Dumas avec la récente adaptation des Trois Mousquetaires s’il fallait un exemple d’un gros américain qui dévore un pilier de la culture populaire européenne. Toujours est-il que nous n’avons pas l’esprit authentique des BD d’Hergé. Plusieurs générations ont donc vécu et grandi avec Tintin, que ce soit par la BD à ses débuts, ou à la télévision par les séries animées et son fameux thème musical reconnaissable de tous. Et John Williams, respectable compositeur, où est son thème ici ? Ceux qui ont connu le célèbre reporter à la houppette peuvent assez légitiment crier au scandale. La nouvelle génération savoure quant à elle Tintin dans une version numérisée, qui gagne au physique – le débat est lancé – ce qu’il perd au scénario. Un film sans réelle vie qui réside juste dans sa claque physique et esthétique qui pourrait en dégoûter plus d’un.

Mauvaise nouvelle pour les fans d’Hergé : si le premier volet remporte assez de recettes au box-office mondial, deux autres films pourraient être réalisés, dont un adapté des deux albums suivants : Les Sept Boules de Cristal et Le Temple du Soleil.

Dans une sorte d’adaptation globalisée des Aventures de Tintin, Spielberg et sa belle équipe (de Peter Jackson à Edgard Wright) rendent hommage à Hergé. Probablement pas de la meilleure façon… Si le spectacle est au rendez-vous avec ce show numérique botoxé, le scénario souffre d’insuffisance et d’un mélange d’albums pas franchement savoureux. Spielberg peut bien crier qu’il est un fan d’Hergé depuis 1981, on peut très bien lui répondre qu’avec de l’argent on peut faire tout et n’importe quoi. Surtout n’importe quoi. Les amateurs pourront retourner à leurs albums dans le pire des cas.