Animation

Critique : Les Enfants Loups – Ame & Yuki, de Mamoru Hosada

Après La Travesée du temps et Summer Wars, Mamoru Hosada revient avec un long métrage pétri de bon sentiment, réflexion sur la différence : Les Enfants Loups, Ame & Yuki.

Affiche du film Les Enfants Loups - Ame & Yuki, de Mamoru Hosada
Affiche du film Les Enfants Loups – Ame & Yuki, de Mamoru Hosada

 

 

Hana et ses deux enfants, Ame et Yuki, vivent discrètement dans un coin tranquille de la ville. Leur vie est simple et joyeuse, mais ils cachent un secret : leur père est un homme-loup. Quand celui-ci disparaît brutalement, Hana décide de quitter la ville pour élever ses enfants à l’abri des regards. Ils emménagent dans un village proche d’une forêt luxuriante…

 

 

A l’instar du cinéma d’animation américain ou français, l’anime japonais est en train de se forger un public français toujours plus important. Mamoru Hosoda, que la critique comme le public apprécient depuis ses deux derniers films, en fait les frais, à son plus grand bonheur. Ce n’est pas une surprise de voir que ce nouveau long-métrage tant attendu soit projeté en avant-première mondiale à Paris, le 25 juin dernier. Pas une surprise non plus de voir le film compte comme premier distributeur étranger, la France. Et si le grand public n’a d’yeux que pour Ghibli, il est en train de découvrir les nouvelles têtes de l’animation nippone, dont Mamoru Hosoda est son nouveau prince. A 45 ans, le style Hosoda se ressent en coulisse. Indépendant, le réalisateur est aussi créateur, scénariste et fondateur d’un studio dont on entendra parler dans les prochaines années, le studio Chizo. Petit produit du studio Toei Animation (qui a vu passer Miyazaki et Takahara, fondateurs de Ghibli), Mamoru Hosoda s’est vite fait remarqué lorsqu’il planche sur Dragon Ball Z puis Digimon. Mais le jeune talent, rejeté par Ghibli alors qu’il n’avait pas encore fait ses preuves, attire les regards. On lui propose Le Château Ambulant, mais Hosoda se brouille avec le studio et Hayao Miyazaki prend le relais.

 

Extrait du film Les Enfants Loups - Ame & Yuki
Extrait du film Les Enfants Loups – Ame & Yuki

 

Mais c’est dans la dimension adulte que Mamoru Hosoda nous intéresse. Cette même dimension qu’il explore avec saveur et désir dans Les Enfants Loups. Adepte d’une narration un brin fantastique, Hosoda explore de nouveau la quête initiatique, comme dans La Traversée du temps. Le succès de Summer Wars ayant définitivement ancré la légitimité d’Hosada aux yeux du public, il planche sur Les Enfants Loups dès 2009 et la réalisation débute l’année suivante. Ce troisième long métrage de son l’ère adulte s’impose comme l’aboutissement d’un travail, la recherche constante d’une maturité pouvant à la fois combler le regard d’un enfant comme celui d’un adulte conscient que le propos du film le concerne également. Car Les Enfants Loups, c’est avant tout l’histoire d’une jeune femme qui élève seul deux enfants dont la particularité est de pouvoir se transformer en loups selon leurs humeurs. Ou comment cultiver les différences dans un monde qui ne les supporte pas. L’originalité du propos vient également de cette figure du loup revue et corrigée, à la fois celle de la protection et du danger sauvage, comme celle de la gentille peluche inoffensive et terriblement attachante, le tout dans un cadre où explose différentes formes de libertés.

 

Extrait du film Les Enfants Loups - Ame & Yuki (2012)
Extrait du film Les Enfants Loups – Ame & Yuki (2012)

 

Récurrence de l’animation japonaise, la nature est ultra présente dans Les Enfants Loups, à la différence qu’elle n’est plus aussi docile. Elle peuple des êtres étrangers à l’humain que ce dernier ne peut pas comprendre. Elle est incontrôlable, dangereuse, sauvage et en même temps profondément magnifique. Plutôt que de ressasser le propos écologique trop souvent inhérent aux films de Ghibli, Mamoru Hosada a voulu faire de la nature un personnage à part entière que le spectateur cherche à comprendre pendant que les personnages principaux du film l’apprivoisent. De ce cadre idyllique, Hosada ressort une histoire aussi poignante qu’attachante, bien qu’elle draine derrière elle les traditionnelles thèmes d’un genre où les points communs sont nombreux. La beauté de l’image, le sens du détail font des Enfants Loups un film dont la forme maîtrisée rejoint un fond tout aussi captivant. Ce film, que le réalisateur définit comme « un hommage à toutes les mamans », survolent avec brio des thématiques telles que le libre-arbitre, la liberté, la relation mère-enfant, le manque de l’être cher, l’opposition constante entre le Japon rural et l’urbain, le rapport à la nature et l’apprentissage que cela peut engendrer, la solitude… Avec habilité et brio, Hosoda va construire une histoire en patchwork sur près de 13 ans, qui va implicitement plonger dans un final où larmoyant un peu trop surligné flirte doucement avec la beauté d’un propos qui a déjà conquis le spectateur. Dommage qu’Hosoda soit contraint d’égrainer un certain nombre de poncifs, ce même piège qu’il s’évertue, non sans talent, à refuser (ou repousser diront les plus dubitatifs). Qu’importe, avec Les Enfants Loups, Mamoru Hosoda montre qu’il n’y a pas que Hayao Miyazaki dans le monde l’animation japonaise.