Critiques de films, Drame

Critique : Les Femmes du bus 678, de Mohamed Diab

En écho aux événements salvateurs de la place Tahrir, Mohamed Diab mène avec son film Les femmes du bus 678 une autre révolution : celle qui s’oppose au harcèlement sexuel, libère la femme du joug machiste en l’estampillant femme moderne. Le propos est à soutenir, la forme un peu moins. Explications.

 

Affiche du film Les Femmes du bus 678, de Mohamed Diab
Affiche du film Les Femmes du bus 678, de Mohamed Diab

 

 

Fayza, Seba et Nelly, trois femmes d’aujourd’hui, aux vies totalement différentes, s’unissent pour combattre le machisme impuni qui sévit au Caire dans les rues, dans les bus et dans leurs maisons. Déterminées, elles vont dorénavant humilier ceux qui les humiliaient. Devant l’ampleur du mouvement, l’atypique inspecteur Essam mène l’enquête. Qui sont ces mystérieuses femmes qui ébranlent une société basée sur la suprématie de l’homme ?

 

A sa sortie, Les femmes du bus 678 avait fait l’objet de nombreux procès, dont en ressortait à chaque fois vainqueur son réalisateur, Mohamed Diab. Pourtant, le film donne une « mauvais images de l’Egypte, celle de femmes poignardant des hommes ». Alors que le printemps des peuples arabes a posé l’Egypte sur un piédestal, autant dire que la chose n’est pas forcément bien vue. Néanmoins, l’esprit du film coïncide bien avec celui de la liberté instiguée place Tahrir. La femme, objet meuble, discret, voilé est ici le pion central, l’enjeu d’une nouvelle ère. Le point de départ d’un autre combat, tout aussi grave. En effet, Les femmes du bus 678 soulève un problème étonnant : plus de 85 % des femmes égyptiennes avouent avoir été agressées, du harcèlement au viol. Mais celles-ci, honteuses, cachent la vérité à leurs maris, de peur d’être répudiées. De la frustration de l’homme au combat féministe engagé, Mohamed Diab aborde dans son film autant de thématiques intéressantes que disparates.

 

Extrait du film Les femmes du bus 678 (2012)
Extrait du film Les femmes du bus 678 (2012)

 

 

Ecrit et réalisé à l’arraché, Les femmes du bus 678 témoigne d’une volonté certes louable, mais bourrée d’approximations. Si le propos est indéniablement intéressant et incontestable dans le point de vue, la manière manque parfois à l’appel. Autant, Diab joue l’intelligente carte Gus Van Sant en rejouant la scène où les destins de trois femmes se rejoignent, autant il frôle l’indigestion en ne proposant aucune idée de mise en scène ou de cadres. Pire encore, c’est caméra à l’épaule que le réalisateur tente d’imposer son cinéma-vérité. Aïe ! En avait-il réellement besoin ? Car le sujet du film se suffit à lui-même. Même constat alarmant pour des dialogues qui transpirent le cliché et le prévisible. Côté ambiance, on alterne entre la violence sous-jacent (bon point), le mélo larmoyant prévisible à souhait (bof) et la comédie sans intérêt (c’est moche). Enfin, les actrices ne semblent pas plus convaincues que cela, notamment Nelly Karim qui surjoue constamment, au point d’agacer plutôt que d’émouvoir via son personnage de leader. Il n’y a que Nahed El Sebaï (qui joue également dans Après la bataille, en compétition à Cannes 2012) qui arrive à convaincre grâce à une sobriété certaine et une justesse mesurée.

 

L’avis : Si le sujet réussit à émouvoir par son aspect véridique et son combat justifié, la manière et l’interprétation ne seront pas au rendez-vous. On est loin d’un cinéma arabe de talent, poignant et ouvert. Les femmes du bus 678 se cantonne simplement à son statut de film fait de bric et de broc, préférant jouer sur ses thématiques qui interpellent et forcément, touchent.