Critiques de films

Critique : Les Géants, de Bouli Lanners

Pour son troisième long métrage, le réalisateur belge Bouli Lanners plonge son spectateur en pleine nature, bercé par une rivière, à suivre les tribulations de trois jeunes ados en marge de la société. Simple et attirant.

 

Affiche du film Les Géants, de Bouli Lanners
Affiche du film Les Géants, de Bouli Lanners

 

C’est l’été, Zak et Seth se retrouvent seuls et sans argent dans leur maison de campagne. Les deux frères s’attendent encore une fois à passer des vacances de merde. Mais cette année-là, ils rencontrent Danny, un autre ado du coin. Ensemble, à un âge où tout est possible, ils vont commencer la grande et périlleuse aventure de leur vie.

 

 

La Belgique traverse peut-être une histoire politique instable à l’image de son gouvernement, elle a retrouvé un cinéma. Pas n’importe lequel. On connaissait déjà les internationaux reconnus dans les grandes joutes festivalières, à savoir Jaco Van Dormael et les frères Dardenne. Mais le cinéma d’auteur avait du mal à dépasser le cadre du cinéphile pour aller toucher le grand. Un des figures de proue de ce mouvement vient de signer son troisième long métrage, toujours écrit et réalisé par lui-même. Avec Les Géants, Bouli Lanners a peut-être trouvé le moyen de faire éclore ce cinéma d’auteur, et d’en repousser les frontières. Il faut dire que le bonhomme bénéficie d’un beau statut face au public. Acteur belge populaire, il enquille les seconds rôles dans des films très divers, du film régional à échelle populaire (Rien à déclarer), jusqu’à la superproduction (Astérix aux Jeux Olympiques) tout en restant fidèle à des cinéastes qu’il adore (Gustave Kervern et Benoît Délépine par exemple). Côté réalisation, Lanners est vite devenu une sorte de référence, brillant de régularité, avec un style particulier qui va droit au but, sans complexe. Il surprenait déjà en 1999 lorsqu’il a réalisé Travellincks (un court métrage tourné en super 8 noir et blanc). En passant à la case long métrage, il est primé dès son premier travail, à savoir Ultranova, où il racontait le portrait d’un groupe de paumés dans sa Wallonie natale. Bouli Lanners écrit ce qu’il ressent, parle un peu de lui, de la vie, de ce qui l’entoure, sans jamais copier ailleurs ou adapter. En 2008, Bouli Lanners débarque à Cannes pour son second long métrage, Eldorado, un nouveau road-movie qui récolte trois prix à la Quinzaine des Réalisateurs.

 

Extrait du film Les Géants (2011)
Extrait du film Les Géants (2011)

 

Il souffle un vent de liberté dans Les Géants, un film tourné en pleine nature dans un Parc national. Le film respire à la fois le grand air dans ses décors mais s’étouffe dans le récit de ces adolescents. Il y raconte les aventures de deux frères ici en vacances dans la maison des grands-parents, et qui voient leur vie basculer lorsqu’ils font la rencontre de Danny, lui aussi paumé. Les deux frères (l’excellent Zacharie Chasseriaud et Martin Nissen) sont à l’image du cinéma de Bouli Lanners : des marginaux. Leurs parents, on ne les verra jamais, et on arrive à penser très rapidement qu’ils ne posent aucun regard sur leurs enfants, ce qui affecte surtout le plus petit, Zak, probablement le personnage le plus recherché, et celui qui attire le plus. Les trois adolescents ont de quoi séduire dans le film : leur relation est fusionnelle, touchante par moment, amusante sinon. L’histoire reste très linéaire malgré un film assez court (1h20 à peine sans générique), mais cela n’empêche pas d’y voir une évolution. Les thématiques sont celles qui trottent dans la tête d’un adolescent de cet âge, ne pas savoir de quoi est fait l’avenir, ne pas se connaître et partir en quête d’aventure. L’ado ne tient pas en place. Les trois-là ressemblent dans cette histoire fortement au conte des Trois petits cochons. Ils s’amusent, s’approchent un peu trop près du danger, en tirent les conclusions et partent vers de nouveaux horizons. Cette construction en conte moderne rapproche directement le spectateur de son sujet assez universel. Il en reste un film très naturel, folk dans ses sonorités, sans d’effets spéciaux ni de faux esthétisme. Ne serait-ce pas après tout la définition d’un beau film ?

 

L’avis : Sans complexe, Bouli Lanners raconte dans un conte moderne un touchant récit de trois jeunes marginaux. Un film à l’image de son cinéma, sincère, simplement écrit, sans esbroufe ni erreurs majeurs. C’est confirmé : ce cinéma d’auteur ne demande qu’à être aimé !

 

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