Critiques de films

Critique : Les Marches du Pouvoir, de George Clooney

Hollywood et la Maison Blanche, c’est une grande histoire. Surtout quand l’engagé du grand écran George Clooney s’immisce dans une primaire démocrate et dézingue les coulisses de la politique. Était-ce nécessaire ?

 

Les Marches du Pouvoir, de George Clooney
Les Marches du Pouvoir, de George Clooney

 

Stephen Meyers est le jeune mais déjà très expérimenté conseiller de campagne du gouverneur Morris, qui se prépare pour les élections à la présidence américaine. Idéaliste et décidé à faire honnêtement tout ce qu’il peut pour faire gagner celui qu’il considère sincèrement comme le meilleur candidat, Stephen s’engage totalement. Pourtant, face aux manipulations et aux coups tordus qui se multiplient vite, Stephen va devoir faire évoluer sa façon de travailler et de voir les choses. Entre tentations et désillusions, les arcanes du pouvoir le transforment…

 

 

On peut tout faire au cinéma, c’est un de ses aspects magiques. On peut y mettre sur pied ce qu’on ne pourrait faire ou dire dans la vraie vie, surtout en homme politique. On peut également y crier tout haut que ce les gens pensent tout bas. C’est facile, ça rassemble et surtout, ça parle au public. George Clooney pourrait très bien être un homme politique. Ses choix parlent pour lui : de son film Good Night, and Good Luck à Syriana en passant par Michael Clayton. Devant les objectifs des tabloïds, il se mobilise pour le Darfour. Toujours intéressant dans ses rôles, il prouve dans ce film qu’il est encore efficace devant la caméra, même si son rôle est très secondaire.

Avec l’Obama-mania qui dure et la campagne anti-Bush de l’époque, Clooney a cru bon de dézinguer avec classe ce qui peut se tramer dans une primaire démocrate. Tous des pourris, même avec les meilleures volontés et propositions du monde. Et lorsqu’on se rend compte que Clooney s’est aidé d’un stratège de campagne républicaine (Stuart Stevens), on comprend le parti pris du film. Il faut dire que pour l’occasion, on aligne les utopies d’un discours platonique fait pour susciter les hourras de la foule. Pas de véritable réflexion si ce n’est des fantasmes et trames politiques que tout le monde connait, et qui surtout ont déjà été vu dans le passé. Sauf que si un film veut fonctionner, il faut un scénario. L’écriture est propre mais profondément ennuyeuse.  La preuve en est avec une première partie qui met du temps à se mettre en route. Il nous reste une seconde partie plus rythmée, où le personnage de Stephen se retrouve coincé entre ses convictions et la réalité d’une course au pouvoir.

 

Extrait du film Les Marches du Pouvoir (2011)
Extrait du film Les Marches du Pouvoir (2011)

 

Avec un casting de choix, Les Marches du Pouvoir avait de quoi mettre l’eau à la bouche. Outre la présence de George Clooney et le beau rôle du gouverneur, lui donne la réplique le nouveau chouchou d’Hollywood, un certain Ryan Gosling. Loin d’être aussi machiavélique et juste comme dans La Faille, il se contente de passer du petit prétentieux de première qui monte vite, à un homme tiraillé et piégé. Le beau Gosling y tient un rôle assez prévisible : fidèle à ses croyances politiques, il découvre un monde politique où la moindre petite erreur peut coûter cher, et qui finit par passer du blanc au noir, puisqu’après tout c’est de rigueur dans ce monde. Dans cette distribution éclectique, on retrouve un Philipe Seymour Hoffman en directeur de campagne expérimenté, mais également une journaliste politique en quête de scoop (Marisa Tomei) et une jeune stagiaire qui s’avérera plus importante que son rôle ne semblait y prétendre (Evan Rachel Wood). A noter également la présence chez « l’ennemi » de Paul Giamatti, une autre preuve qu’on est loin d’avoir un casting d’amateur en face de nous. Il n’empêche que ces rôles se fondent dans un paysage classique, moribond, sans le grain de folie explosif, l’interprétation qui donnera à un personnage une valeur supérieure, digne d’intérêt.

La pertinence du sujet reste bien discutable, mais la maîtrise technique est en revanche de mise. George Clooney manie les cadres et plans, du classique aux plus recherchés. Il s’est entouré par exemple pour le montage de Stephen Mirrione, son fidèle monteur, célèbre pour avoir remporté un Oscar pour le Traffic de Steven Soderbergh. Pour renforcer le côté combat à mort de son histoire, Clooney dote son film d’une musique originale digne d’un film de guerre, belle certes, mais pas franchement appropriée, frôlant parfois le ridicule. Là encore c’est loin d’être un amateur qui s’y colle puisqu’il s’agit d’Alexandre Desplat. L’ensemble nous donne l’impression d’un film classique, travaillé pourtant, mais avec aucun élément pouvant retenir l’attention.

L’avis : En rêvant de dénoncer ce qu’il pourrait être en véritable homme politique, George Clooney décrit ces Marches du pouvoir avec sa vision du réalisme. Convenu, lisse dans son interprétation et son écriture, ce quatrième long métrage pour l’acteur américain déçoit. Il arrive surtout dans moment inopportun, ne remuant le couteau dans une plaie qui n’existe pas. On est bien loin du film polémique dont on reparlera dans les prochaines décennies.

 

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