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Critique : Les Misérables, de Tom Hooper

Au travers de cette comédie musicale ambitieuse et hollywoodienne, le chef-d’œuvre de Victor Hugo est adapté pour la 42e fois au cinéma. Verdict.

 

Affiche du film Les Misérables, de Tom Hooper
Affiche du film Les Misérables, de Tom Hooper

 

Dans la France du 19e siècle, une histoire poignante de rêves brisés, d’amour malheureux, de passion, de sacrifice et de rédemption : l’affirmation intemporelle de la force inépuisable de l’âme humaine. 
Quand Jean Valjean promet à Fantine de sauver sa fille Cosette du destin tragique dont elle est elle-même victime, la vie du forçat et de la gamine va en être changée à tout jamais.

 

 

Quel étrange paradoxe que cette adaptation des Misérables par Tom Hooper. S’il s’agit bien d’une adaptation en comédie musicale du célèbre show au préalable écrit et mis en scène en France (Alain Boublil, Claude-Michel Schönberg et Robert Hossein), elle-même tirée du classique littéraire de Victor Hugo, Les Misérables ne trouvera probablement pas son public en France. L’explication est toute simple : ce grand pays de cinéma méprise les comédies musicales. Parce qu’elles n’ont rien de cinématographique, nous dit-on. Sur les terres de Broadway ou encore de Londres, c’est un succès en or massif. Pourtant, il faut bien se le dire, Les Misérables de Tom Hooper est une petite pépite, un beau moment musical magnifié par une écriture cinématographique et un sens de l’hommage. Je m’explique…

 

Extrait du film Les Misérables (2013)
Extrait du film Les Misérables (2013)

 

Pour porter cette ambitieuse comédie musicale à l’écran, Tom Hooper, cinéaste britannique adepte des plans académiques et de l’esthétisme posé, oscarisé pour Le Discours d’un Roi. Un nouveau virage osé dans lequel Tom Hooper va nous surprendre. En effet, il va faire des Misérables – épaulé par les créateurs français du spectacle et le producteur britannique Sir Cameron Mackintosh – une comédie musicale pure, renouant avec les codes traditionnels de cette dernière autour de décors majestueux et de dialogues minimalistes. De quoi freiner certaines ardeurs, puisque Les Misérables repose sur 2h30 de saynètes chantées et une architecture typique, autour d’un chapitrage clair, tel des actes dans une pièce de théâtre. Dans son attirail glamour transpirant le dollar (casting, décors, costumes), Tom Hooper sert une comédie musicale au cérémonial huilé. Les acteurs chantent en live – ce qui n’est pas sans rajouter une difficulté supplémentaire – et incarnent leurs personnages, à l’image d’Anne Hathaway, celle-ci héritant de la plus belle séquence : l’interprétation d’I Dreamed A Dream d’une puissance incroyable, où Anne Hathaway sanglotant et physiquement transformée entonne un hymne romantique capté par un sublime plan rapproché de Tom Hooper.

 

Extrait du film Les Misérables (2013)
Extrait du film Les Misérables (2013)

 

 

Spectaculaire et doté d’un souffle épique très particulier, Les Misérables touche avec singularité, sans jamais verser dans la débauche visuelle et auditive. Le challenge était complexe, mais ce long-métrage si particulier à la vue de notre héritage littéraire, se détache des dernières productions musicales (de Nine à Mamma Mia par exemple) et n’insulte jamais son œuvre originelle. Les Misérables version comédie musicale au cinéma, c’est une quête initiatique d’un homme mystérieux que la vie n’a pas gâté, et qui trouve en l’orpheline Cosette une ultime mission rédemptrice. Hugh Jackman est impressionnant dans la peau de Jean Valjean et prend constamment la mesure de son personnage, livrant en prime une performance musicale de haute volée. Bien loin de celle initiée par Russell Crowe, pourtant mélomane, mais dont la voix n’est pas à la hauteur du charisme de son personnage, le fascinant Javert. Dans ce casting de vedettes hollywoodiennes, on redécouvre Amanda Seyfried, touchante et fragile, on découvre Eddie Redmayne en Marius (Les Piliers de la Terre, My Week With Marilyn), Aaron Tveit dans la peau d’Enjolras (Howl) ou encore Samantha Barks (Eponine). Et on s’amuse à retrouver le tandem explosif formé par Sacha Baron Cohen et Helena Bonham Carter (Sweeney Todd), dont les errements vocaux sont rattrapés par l’aspect clownesque dynamitant l’action à l’instar du morceau Master of the House.

 

Extrait du film Les Misérables (2013)
Extrait du film Les Misérables (2013)

 

Loin d’être le spectacle pompeux à l’ennui forcé, Les Misérables est une œuvre à la beauté cinématographique inavouée. On lui reprochera la récurrence des plans reprochés, alors que Tom Hooper utilisera à bon escient le grand large pour quelques décors dans leur majestuosité la plus évocatrice ou encore quelques fulgurances bien senties, comme un Busby Berkeley (une prise de vue en plongée totale à 90°), en hommage à l’un des maîtres de la comédie musicale au cinéma, preuve que Tom Hooper est loin de méconnaître son sujet.

 

Extrait du film Les Misérables (2013)
Extrait du film Les Misérables (2013)

 

De ce spectacle sur grand écran, on retiendra de sublimes morceaux magnifiés par un sens du spectacle qu’une scène ne peut permettre de récréer. Outre I Dreamed A Dream, les séquences de Do You Hear The People Sing ou encore In My Life / A Heart Full of Love sont d’une émotion rare soulevée soit par la grandiloquence romanesque (pour la première), soit par la beauté émotionnelle du cadre (pour la seconde). Dans cette transposition à l’écran, les acteurs se réapproprient un univers et des personnages tout en charisme. Les seconds rôles – jusqu’aux apparitions comme celles Stephen Tate ou Colm Wilkinson, ancien membres de la troupe – apparaissent tout aussi émouvants que les premiers, à l’instar de Samantha Barks, la grande inconnue qui nous touche avec l’interprétation d’On My Own. Point culminant de cette partition à Oscars, forcément taillée pour le grand public, Hugh Jackman livre un Suddenly (seule création originale de la comédie musicale) de toute beauté, comme habité par ce rôle de père soudainement remis au goût du jour. Son interprétation est à l’image du film, impressionnante, salvatrice et inattendue.

 

Extrait du film Les Misérables (2013)
Extrait du film Les Misérables (2013)

 

 

L’avis : Habile transposition à l’écran d’une comédie musicale, Les Misérables ne quitte pas pour autant l’imposante emprise scénique du show. Chant en live, décors réalistes et souffle épique dans l’interprétation musicale, le long-métrage de Tom Hooper ne manque pourtant ni de lecture cinématographique, ni d’émotions. Préférant les codes purs de la comédie musicale à l’illusion ultra léchée d’un Baz Luhrmann, Tom Hooper a capté Les Misérables dans sa plus belle enveloppe, loin de la superficialité crainte.