Critiques de films, Drame

Critique : Les Paradis Artificiels, de Marcos Prado

Entre le Brésil et Amsterdam, Marcos Prado raconte Les Paradis Artificiels, drame formaté et scolaire sur fond de drogue.

 

Affiche du film Les Paradis Artificiels, de Marcos Prado
Affiche du film Les Paradis Artificiels, de Marcos Prado

 

Recife, Brésil. Erika et Lara viennent participer et mixer à une immense rave party. Au-delà du plaisir, elles vont s’initier aux extases de l’amour et des drogues. Amsterdam, 2 ans plus tard. Nando est sur le point de ramener des drogues de synthèse à Rio. Lors d’une soirée, il rencontre Erika, DJ désormais bien établie.
Entre plaisirs éphémères et sensations éternelles, ils ressentent immédiatement une passion qui les dépasse…

 

 

Le romantisme au cinéma est fait de dangers. Souvent taxé d’être académique, trop prévisible, voire larmoyant, peu de réalisateurs arrivent à cerner leurs sujets dans des films régulièrement descendus par la critique. C’est le cas des Paradis Artificiels, premier long métrage de fiction pour Marcos Prado, réalisateur et scénariste de 50 ans connu pour avoir raflé de nombreux prix avec le documentaire Estamira en 2006. Proche de José Padilha (le même type actuellement en train de plancher sur le remake RoboCop), il s’est distingué en produisant Tropa de Elite, une superproduction brésilienne qui a bousculé le box-office local. Entouré de Padilha à la production et de Lula Carvalho à la photographie (ce dernier a travaillé notamment sur La Cité des Hommes), Prado raconte ici cette histoire relativement lisible, une histoire d’amour sur fond de drogues et d’extase en tous genres. La construction narrative, plutôt habile sur le moment, évidente après coup, ne laisse aucune place à la folie, malgré le c. Le discours est millimétré, moralisateur bien que touchant lorsque l’on se pencher uniquement sur le cas des personnages.

 

Extrait du film Les Paradis Artificiels (2012)
Extrait du film Les Paradis Artificiels (2012)

 

Les Paradis Artificiels peut au moins interpeller la rétine pour la superbe photographie dispensée par Carvalho. Des superbes décors paradisiaques entre océan et falaise à la froideur d’Amsterdam, Lula Carvalho joue des lumières en pleine rave party pendant que Prado tente de sublimer quelques fulgurances érotico-extatiques. Les Paradis Artificiels n’est pas un film trash, même s’il ose mettre en scène un orgasme alors qu’en parallèle, l’amie d’Erika est en train de vivre une overdose. Jusqu’ici, on aurait presque pu croire que Prado cautionnait la beauté mystique d’une drogue telle que le peyotl tout en condamnant son usage à l’instar de son personnage principal qui en a payé le prix fort et dont l’histoire narrée n’est utilisée qu’à des fins de rédemptions et de moral. Dommage, le portrait est touchant, les acteurs relativement convaincants (la très belle Nathalia Dill ou Lucas Bianchi) et la mise en scène loin d’être vide d’intérêt.