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Critique : Les Pirates ! Bons à rien, Mauvais en tout, de Peter Lord

Hommage au studio Aardman et à la technique du stop-motion traditionnel en pâte à modeler de Nick Park (créateur de Wallace & Gromit), Peter Lord signe un magnifique et délirant film d’animation, typiquement britannique. Son nom : Les Pirates ! Bons à rien, Mauvais en tout.

Malgré son enthousiasme, le Capitaine Pirate a beaucoup de mal à se faire passer pour une terreur des mers. Secondé par un équipage aussi peu doué que lui, le Capitaine rêve pourtant de battre ses rivaux, Black Bellamy et Liz Lafaucheuse, en remportant le prestigieux Prix du Pirate de l’Année.
Pour le Capitaine et son drôle d’équipage, c’est le début d’une incroyable odyssée qui, des rivages de Blood Island jusqu’aux rues embrumées de Londres, va les conduire d’épreuves en rencontres. S’ils vont faire équipe avec un jeune scientifique du nom de Charles Darwin, ils vont aussi devoir affronter mille dangers et tenter de survivre à la reine Victoria, qui voue une haine absolue aux pirates… En avant pour l’aventure !

Dans la veine des films Wallace et Gromit, célèbre pour l’enveloppe physique entre usage de la pâte à modeler et de la plasticine, le tout réalisé en stop-motion, Les Pirates ! Marque le retour du studio Aardman Animations, co-fondé par Peter Lord (le réalisateur de notre film) et David Sproxton. Pour fêter les 40 printemps du célèbre studio, rien de mieux de se replonger dans ce style d’animation typiquement britannique, et qui a déjà fait ses preuves face au public. Très attendu, Aardman s’est allié à plusieurs autres studios, dont le géant Sony Pictures Animation qui en profite ici pour s’offrir une place une soleil face au triumvirat des géants Pixar/Disney/DreamWorks. La réussite est totale 

Les Pirates ! Bons à rien, Mauvais en tout, c’est 1h30 de plaisir à tous les niveaux. Visuellement, la technique est bluffante. Un sens du détail ahurissant, symbolisé par les décors récréés et les objets fabriqués par un mélange de pâte à modeler, de cire et d’huile pour créer des objets facilement malléables. Ainsi, plus de 200 000 accessoires ont été façonnés, dont un peu moins de 50 000 pour le navire de Capitaine Pirate. Cinq ans, 300 personnes, dont 50 personnes exclusivement dédiées à la confection de 215 marionnettes, c’est le genre de détail qui ne trompe pas : on est à des années-lumières d’être face à un film bâclé. Il y a là un réel attachement à faire de l’art, en plus du divertissement proposé, et c’est bien le genre de finesse qui fait la réussite d’une telle œuvre.

Le film peut jouir de décors somptueux, que ce soit avec la reconstitution du port des pirates, ou les rues nappées de brouillard d’un Londres victorien. Un plaisir pour les yeux, mais pas seulement. Complètement décalé, Les Pirates ! assume son côte kitsch et amuse la galerie. Caler par exemple le London Calling de Clash dans un film d’aventure et d’animation, il faut oser. L’humour est constamment présent, potache, inattendu, touchant et parfois même réaliste. Hugh Grant double un Capitaine Pirate haut en couleur et le rend très rapidement attachant. Une performance inattendue pour un acteur qui a presque totalement disparu des écrans et marque là un retour triomphal. Le scénario n’est reste pas moins inintéressant. L’histoire est aussi atypique que passionnante, même si elle semblait moins séduisante sur le papier qu’un synopsis de Pirates des Caraïbes. Pourtant au final, c’est bien le film d’animation qui en ressort vainqueur. Ode à l’amitié, à la joie de vivre et au vivre-ensemble, le film de Peter Lord accumule les qualités et ne joue pas la carte du clichés puisqu’il s’en amuse. L’humour décapant peut autant faire rire un bambin de 8 ans qu’un adulte qui y verra d’autres clins d’œil savoureux, la faute à un comique espiègle, subtilement écrit et très savoureux. Si quelques longueurs et scènes redondantes viennent un peu ternir le magnifique travail présenté, il ne fait aucun doute que Les Pirates! est un film d’animation magnifique comme on en voit trop rarement, loin de l’esthétique numérique et aseptisée. Une sorte de revival, un poil nombriliste (parce que le film auto-célèbre la marque de fabrique d’un studio) qui se transforme en un réel plaisir divertissement.

Enveloppé par une esthétique flamboyante, un sens du détail ahurissant et un humour so british, Les Pirates ! Bons à rien, Mauvais en tout est un puissant coup de cœur, qui suscite l’attachement dès sa séquence d’introduction. On en avait presque oublié que le studio Aardman avait une réputation infaillible dans le monde de l’animation. Sacrebleu, c’est chose réparée !