Comédie, Critiques de films

Critique : Les Stagiaires, de Shawn Levy

Derrière l’énorme placement de produit, une comédie inoffensive, simpliste mais aux ondes et à l’énergie positive.

 

Affiche du film Les Stagiaires, de Shawn Levy
Affiche du film Les Stagiaires, de Shawn Levy

 

Billy et Nick, deux quarantenaires dont les carrières ont été pulvérisées par Internet, repartent à zéro en obtenant un stage chez Google, qui peut-être, débouchera sur un job. En compétition avec des petits génies de l’informatique tout droit sortis de l’école, ils vont devoir prouver qu’ils ne sont pas des dinosaures…

 

Sans surprise, Les Stagiaires est un beau placement de produit à grande échelle (il s’étale sur 90% du long métrage que signe Shawn Levy, réalisateur de Real Steel et de Crazy Night) à l’effigie de Google. Un coup de pub géant pour la firme informatique qui n’aurait pas participé au processus de production, nous dit-on. Soit. Voilà deux types quadragénaires, mis au chômage après la liquidation de leur entreprise où ils vendaient des montres devenues obsolètes, la faute aux smartphones. Déjà vieux, sans réel talent si ce n’est un don inné pour vendre, l’un d’eux tente de convaincre d’opter pour un stage chez Google, l’entreprise qui peut se targuer d’avoir le statut de boîte la plus cool. Baluchon sur l’épaule, le duo fonce les yeux écarquillés dans ce paradis où tout est beau, où est tout rose (enfin bleu, vert, jaune, rouge essentiellement) et découvre un campus qui à l’écran, frôle presque le parc d’attraction. On y bouffe gratis, des endroits de repos, un terrain de volley, des vélos customisés, un toboggan plutôt qu’un escalier… le tout dans un cadre verduré et parfaitement ensoleillé. Le rêve. Mais au-delà du gros coup de pub, que vaut réellement Les Stagiaires ?

 

Extrait du film Les Stagiaires (2013)
Extrait du film Les Stagiaires (2013)

 

Comédie facile et bavarde, Les Stagiaires tarde à convaincre. Au pire, on en reste au placement de produit et on se morfond à critique une société consumériste et un Hollywood qui enchaîne les appels du pied aux entreprises les plus puissantes, pourvu que ça génère du billet vert, ou au mieux, on essaye de se prendre au jeu. Et les apparences ne sont pas trompeuses : Les Stagiaires est une comédie sympathique, inoffensive. En se plaçant dans l’air du temps, le film de Shawn Levy évoque le bien-être au boulot, les difficultés de se réengager dans un travail totalement différent lorsque l’on vient de tout perdre et qu’on semble sans armes pour riposter, la crise économique, les avancées technologiques. Au-delà de cet engagement minimaliste (mais pas inintéressant) et d’une histoire d’amitié portée par deux acteurs (les mêmes gars que Serial Noceurs, en moins transgressifs) qui mettent une énergie sans limite à nous convaincre, Les Stagiaires se complaît dans la facilité et la récurrence de défauts. Symbole d’une écriture horriblement académique, le principe Sept Samouraïs où un groupe de caractères très différents et incompatibles est contraint et forcé d’évoluer ensemble pour le bien d’une trame. Au début, ils vont se détester, se tirer dans les pattes, puis ils vont apprendre à se connaître (et adopter inconsciemment la « Googlitude), pour remplir leur objectif, qui consiste à glaner un CDI à la fin du stage, chose qu’ils auront sans aucun doute (ne soyons pas naïfs, ni pédants). Le processus est archi visible, et bien que réaliste (il y a une part de vérité indéniable dans ce film), tout reste désespérément mièvre malgré tous les bons et loyaux efforts destinés à nous coller la banane à la fin d’un film qui se termine par un beau générique que Google ne reniera jamais. Reste quelques scènes amusantes, comme une partie de quidditch (le sport favori des sorciers dans Harry Potter) bien décomplexée.

 

L’avis : Derrière la placement de produit en or massif frôlant la propagande (euphémisme), Les Stagiaires se pose comme une comédie en tout point sympathique, portée par la naïveté de son scénario et l’énergie de ces deux acteurs principaux.