Critiques de films

Critique : Les Trois Mousquetaires, de Paul W.S. Anderson

La bande-annonce ne laisse présager rien de bon à part un esthétisme grossier et de l’action en surenchère. Les 1h50 de film dès sa sortie, ne font que confirmer la mauvaise impression.

Affiche du film Les Trois Mousquetaires, de Paul W.S Anderson
Affiche du film Les Trois Mousquetaires, de Paul W.S Anderson

L’impétueux jeune d’Artagnan et ses trois légendaires compagnons, Athos, Porthos et Aramis vont devoir s’unir et combattre tous ensemble un mystérieux agent double, Mylady de Winter et son employeur crapuleux, le cardinal Richelieu, afin de les empêcher de s’emparer du trône français et d’éviter que l’Europe toute entière sombre dans la guerre.
Nouvelle adaptation en 3-D du roman « Les Trois mousquetaires » d’Alexandre Dumas…

Un outrage ! Une insulte à la littérature française et par là même, à la culture et à notre patrimoine. C’est ce qui est venu pourrir nos écrans des salles obscures. Remontons un peu l’histoire, une façon de vous démontrer comment ce classique de la littérature s’est transformé en une vulgaire adaptation dirigée par un réalisateur laxiste (Paul W.S. Anderson tout de même !). Les Trois Mousquetaires ont vu le jour face au grand public dès 1844 sous la forme de feuilleton dans le journal Le Siècle. Cette histoire devient rapidement populaire après avoir été éditée la même année chez Baudry. Un grand classique de la littérature qui a façonné le genre de cape et d’épée, rentrant dans un sillon d’œuvres évoquant notre patrimoine hexagonal à travers l’Histoire.

Paul W.S. Anderson est le neuvième américain à adapter sur grand écran le roman de Dumas. Le premier fut signé Fred Niblo en 1921 (et donc en muet) alors que le huitième fut l’œuvre de Peter Hyams en 2001 sous le titre D’Artagnan. Et j’excepte encore les adaptations au cinéma (de nationalité française ou non), à la télévision, sous forme de films d’animation et de dessins animés, ou encore sous le format documentaire[1]. Pour cette énième adaptation, Paul W.S. Anderson s’entoure d’un très gros casting, laissant l’impression d’un film aux gros moyens, mais pourtant pas issue d’un major américain. En effet, il s’agit d’une co-production americano-franco-anglo-allemande. La distribution respire à la fois la superficialité sur le papier et la sympathie à l’écran. On n’a pas envie de détester Logan Lerman (qui récidive après Percy Jackson) en D’Artagnan. On a le même sentiment pour les « gentils » mousquetaires que sont Luke Evans, Matthew MacFadyen (qui livre la meilleure prestation) et Ray Stevenson. En revanche, on reste assez perplexe devant les acrobaties abusives de Milady (Milla Jovovich, tiens donc) et les attitudes Sparrowiennes d’Orlando Bloom, pourtant si rare en bad guy.

Extrait du film Les Trois Mousquetaires (2011)
Extrait du film Les Trois Mousquetaires (2011)

Paul W.S. Anderson dirige ici une adaptation moderne du roman, plus destinée au jeune public. Sauf qu’il s’agit d’un pur mensonge. Le cinéma peut très bien être un divertissement, à condition de respecter l’œuvre adaptée, ce qui ici n’est absolument pas le cas. Que ce soit des détails comme l’absence du capitaine des mousquetaires du Roi, M. De Treville ou la rencontre avec les trois mousquetaires que sont Porthos, Athos et Aramis, pourquoi pas, mais qu’il manque par exemple des passages centraux comme le Siège de La Rochelle ou la fin de Milady, cela relève de l’inacceptable. Surtout lorsqu’on constate réellement que la version américaine est une vilaine copie, sans envergure, et aucun intérêt intellectuel, et bien évidemment ne respecte pas le roman initial.

Même les thématiques sont simplifiées pour ne finalement offrir aucun relief. Par exemple, Dumas met fortement l’accent sur l’opposition entre le Roi et Richelieu, le sentiment de défiance et les combats d’influence qui occupent constamment les deux hommes. Le film préfère efféminer le Roi et faire de Richelieu un Cardinal qu’on ne craint absolument pas. Un comble pour un spécialiste des rôles noirs, en la personne de Christoph Waltz, l’acteur qui lui prête ses traits. Il y a bien l’action qui laisse le film se regarder sans trop de difficulté, mais elle est rattrapée par un esthétisme dégoulinant de dollars, avec des décors très mal faits, et des effets spéciaux un peu ridicules. Très plastique, avec une 3D toujours inutile, Les Trois Mousquetaires ne captivent pas réellement. L’authenticité est totalement absente, l’immersion difficile à faire. L’action ne suffit pas à cette fausse série B détestable qu’il faut à tout prix éviter.

L’avis : Cautionner une telle insulte serait un terrible manque de respect à la culture française. A ceux qui ont adoré cette putride version, je ne pourrais que conseiller le roman original de Dumas. Rien de mieux que cela pour apprécier la véritable valeur de cette littérature et d’un genre bafoué par une adaptation ridicule.

 

Notez le film :

 

 


[1]  Pour cela, consulter l’article Les 3 Mousquetaires, l’histoire d’une aventure adaptée plus de 100 fois à l’écran, de Philippe Durant, Ciné Légendes no 5, octobre 2000.