Comédie, Critiques de films

Critique : Let My People Go, de Mikael Buch

En cette fin d’année, un des survivants de la Fémis, Mikael Buch, se lance dans une comédie initiatique où juif, homosexualité et Finlande riment avec folie et kitsch. Osé, à défaut d’être totalement convaincant.

 

Affiche du film Let My People Go, de Mikael Buch
Affiche du film Let My People Go, de Mikael Buch

 

 

Tout le monde sait que Ruben est juif, homosexuel, facteur, mi-finlandais, mi-français, fils indigne, frère désobligeant, amant décevant, assassin douteux, voleur malgré lui… Pourtant Ruben, lui, est incapable de savoir qui il est. Au grand tournant de sa vie, alors que s’ouvrent devant lui les flots de la mer Rouge, Ruben hésite : doit-il suivre son peuple ou son cœur ?

 

 

On ne pourra pas enlever ce brin de folie et d’originalité qui parcourt Let My People Go. Son titre déjà, référence évidente à Moïse et à son « laisse mon peuple partir » qui le fera –entre autres- rentrer dans la légende, mythologique et religieuse. Mais ce film ne s’arrête pas là. Un réalisateur adoubé par l’écriture de Christophe Honoré, et c’est une tentative osée de rafraichir la comédie française, qui parfois tombe dans les facilités. On ne peut pas dire que Let My People Go soit « comme les autres ». C’est son charme, et en même temps son défaut. Car dans ce film, il y a du très bon, comme du très mauvais. D’une part, l’histoire met du temps à se lancer, mais place le spectateur dans l’univers coloré et rose bonbon de son personnage principal, interprété par un Nicolas Maury qui en fait des tonnes pour nous irriter, mais aussi nous toucher. On se situe dans un film aux carrefours de différents styles : d’un côté une touche Allenienne dans cette volonté de confronter les personnages face à leurs problèmes ; d’une autre, une référence assez volontaire au cinéma d’Almodovar, notamment dans l’utilisation des femmes, mais également par la présence de Carmen Maura en mère possessive ; puis un clin d’œil au cinéma LGBT, on s’en amure, on le défend, on le caresse artistiquement parlant, et on savoure finalement.

 

Extrait du film Let My People Go (2011)
Extrait du film Let My People Go (2011)

 

L’humour, pièce-maîtresse d’une comédie, reste assez mal utilisé, de façon trop irrégulière. Il faut tout d’abord réussir à rentrer dans cet univers complètement décalé où tout est sur-joué, ankylosé. On aurait presque envie de sourire, mais rattrapé à la réalité de ce qui est montré d’habitude sur nos écrans, on reste de marbre face à quelques réparties un peu trop évidentes. Puis Let My People Go ose, rentre sur un terrain miné et s’amuse à y slalomer. On joue des deux entités, homosexuelle et juive, qui apparemment n’iraient pas ensemble. On s’amuse des préjugés et on détourne l’histoire juive pour en sourire. Au sommet de la blague, « les juifs ont créé la Palestine pour se venger des nazis ». Il dépasse les bornes ? Non, Let My People Go devient enfin intéressé et intéressant. Car il touche des sujets sensibles, et dans son histoire, les confronte, les oppose, puis les rassemble. En fil rouge, il y a cette histoire bien sûr, celle d’un homme qui ne sait pas qui il est, venant chercher des réponses en France, et se retrouvant au milieu d’une famille chaotique, entre une sœur névrosée (Amira Casar), un frère un brin violent (Clément Sibony), un père adultère (Jean-François Stévenin), et un proche (un Jean-Luc Bideau à contre-emploi), avocat de profession, qui tombe amoureux de notre Ruben. Il en ressort quelques scènes bien mémorables, que ce soit une surprenante Carmen Maura en mère juive armée d’un spray magique qui transforme les goys en enfants d’Israël, ou encore celle d’un commissaire lisant le message de Ruben destiné à son finlandais Teemu, dans un anglais horrible et qui craque littéralement en l’énonçant.

 

 

L’avis : On tire notre chapeau à cette comédie colorée et kitsch qui aura au moins tenté de proposer autre chose à voir que les classiques et moribondes comédies françaises qui peuplent nos salles. C’est inconstant, parfois même désolant, mais Let My People Go force également à retenir les bons éléments de ce film, que ce soit un casting qui s’éclate face caméra, quelques scènes mémorables, ou bien des thématiques dangereuses qui s’entrechoquent, non sans déplaisir.