Critiques de films, Policier, Thriller

Critique : L'Hypnotiseur, de Lasse Hallström

Dans la lignée de Millenium, Lasse Hallström fait son retour au pays et s’offre le best-seller de Lars Kepler, L’Hypnotiseur, pour un thriller haletant.

 

Affiche du film L'Hypnotiseur, de Lasse Hallström
Affiche du film L’Hypnotiseur, de Lasse Hallström

 

Une famille est retrouvée sauvagement assassinée dans une maison de la banlieue de Stockholm. Laissé pour mort, Josef, le fils aîné, devient le seul témoin du crime. Dans le coma, il ne peut être interrogé par l’inspecteur Joona en charge de l’enquête. Pour progresser, Joona demande à Erik Maria Bark, hypnotiseur, de tenter un contact avec le garçon. Alors qu’il devait ne plus jamais utiliser ses dons, Erik accepte et s’aventure dans l’exploration du subconscient du jeune garçon.

 

Vendu comme le nouveau Millenium – avec toute la pression que cela implique – le duo Lars Kepler (Lars pour Larsson, l’auteur de Millenium et Kepler pour l’éminent scientifique) se voit adapté au cinéma avec le premier roman d’une franchise en puissance autour de l’inspecteur Joona. Avec L’Hypnotiseur, Lasse Hallström (grand habitué aux comédies romantiques du côté d’Hollywood) revient au pays, pour se poser habilement comme un successeur à Niels Arden Oplev, l’auteur de l’adaptation nordique de Millenium. Et parce que deux auteurs pour raconter les tribulations d’un duo aux traits de caractères bien différents, L’Hypnotiseur, c’est deux histoires. L’une, largement racontée dans le film, est celle d’un polar aux sombres airs de thriller, aussi glacial que ses décors. On y raconte l’évolution d’une enquête menée par un inspecteur tellement passionné qu’il en oublie de vivre et colle les jetons au gamin de son collègue (histoire qu’on lui puisse se persuader que la paternité n’est pas son fort) le soir de Noël. L’autre est celle d’un drama, parce que Lasse Hallström ne pouvait s’empêcher d’en décortiquer ses personnages. Et il a bien eu raison, car si l’entreprise est assez naïve rendant les personnages lisibles bien avant l’heure, cette immersion est aussi passionnante que le polar incohérent et peu captivant qui habite ce film inégal.

 

Extrait du film L'Hypnotiseur (2013)
Extrait du film L’Hypnotiseur (2013)

 

Pour son retour au bercail, Lasse Hallström s’est pourtant parfaitement entouré pour l’élaboration de ce nouveau chapitre dans sa filmographie. A commencer par un cast de renom si on s’en réfère au beau listing de talents dénichés au pays du froid. Lena Olin, l’une de ses muses (Le Chocolat, avec Juliette Binoche) et le charismatique Mikael Persbrandt, donnent la réplique à Tobias Zilliacus dont c’est le tout premier grand rôle à l’international. Et même si ce dernier n’est pas débutant en la matière, son Joona peine à nous convaincre sur la durée, tant son intelligence rare, fruit de troubles du sommeil chronique et d’une absence de vie sociale, est bousculée par les errements narratifs autour d’un personnage qui ne passionne pas et reste vide d’émotion. En revanche, tout a été fait pour faire briller le couple Olin / Persbrandt, qui derrière la naïveté de ce couple tentant de se reconstruire après l’adultère pas vraiment pardonné du mari, nous charme. Cette quête complètement personnel est renforcé par la disparition de leur fils, lié bien sûr à la recherche de ce meurtrier fou. Contrairement à Millenium qui nous passionne dans ses moindres cadres, les ficelles de L’hypnotiseur (qui hypnose aussi bien que la grand-mère) sont bien trop grosses pour se laisser pendre au jeu, malgré la bonne ambiance régnant dans ce long-métrage facile de deux heures.