Critiques de films, Drame, Romance, Thriller

Critique : L'Ivresse de l'argent, d'Im Sang-soo

Dans la ligne The Housemaid, Im Sang-soo nous enferme dans un huis-clos aussi étouffant qu’esthétique, brûlot empesé par sa débauche de luxe.

 

Affiche du film L'Ivresse de l'argent, d'Im Sang-soo
Affiche du film L’Ivresse de l’argent, d’Im Sang-soo

 

Youngjak est le secrétaire de Madame Baek, dirigeante d’un puissant empire industriel coréen. Il est chargé de s’occuper des affaires privées de cette famille à la morale douteuse. Pris dans une spirale de domination et de secrets, perdu entre ses principes et la possibilité de gravir rapidement les échelons vers une vie plus confortable, Youngjak devra choisir son camp, afin de survivre dans cet univers où argent, sexe et pouvoir sont rois…

 

 

Hommage à l’un des actes fondateurs du cinéma coréen, La Servante (de Kim Ki-Young), L’Ivresse de l’argent pourrait se poser comme une suite indirecte à The Housemaid. Moins viscéral que son précédent mais bien plus léché encore, le dernier long-métrage d’Im Sang-soo se veut être un véritable brûlot politisé, une charge sans retenue contre la haute bourgeoisie coréenne qui domine le pays. Intitulé L’Ivresse de l’argent, ce film aurait pu voir sexe ou pouvoir prendre la place du mot argent, tant ils forment tous trois un cercle vicieux dont il est (quasi) impossible de sortir. Pour l’illustrer, Im Sang-soo choisi de suivre l’histoire de Youngjak, secrétaire d’une puissante femme marié à un industriel coréen, qui après le départ de ce dernier infidèle, va se retrouver dans l’obligation de gravir les échelons, et donc de choisir son camp. Lui qui a toujours décidé de rester droit dans ses bottes et de ne pas céder aux sirènes du pouvoir et l’ivresse que ce dernier engendre…

 

Extrait du film L'Ivresse de l'argent (2013)
Extrait du film L’Ivresse de l’argent (2013)

 

Incarné par le playboy Kim Kang-woo (HA HA HA), Youngjak est à cheval sur trois terrains. Celui de domestique secrétaire, celui de fils acheté par la puissante Madame Baek et celui de conseiller stratégique. L’Ivresse de l’argent est complexe, tiraillé, noyé dans son trop-plein d’esthétisme qui déborde jusqu’aux cadres d’Im Sang-soo, délicieusement travaillés jusqu’à l’étouffement. Le film fonctionne sur sa première partie, pour ternir son propos dans une fausse image noire enveloppée un discours moralisateur que le réalisateur coréen, aussi bon metteur en scène soit-il, aurait pu déguiser avec plus de subtilité. Entre le catalogue pour designer amateur d’art et la peinture moderne d’une société en perdition, Im Sang-soo prend un parti et ose au moins les assumer jusqu’au bout. On aimerait dire que L’Ivresse de l’argent se regarde comme une œuvre d’art léchée dont on se sert pour mesurer le chemin parcouru depuis 1960 et La Servante (dont un plan sur un écran de cinéma est laissé pour référence explicite à la fin du film). Im Sang-soo reste hélas prisonnier d’un film surchargé, empesé par une esthétique évidemment magnifique. Mais à force de se voir trop beau et de sublimer chaque petit pan de mur, Im Sang-soo en oublie la teneur de ses personnages et la force intrinsèque de ces derniers. Le brûlot n’existe plus, et au final, rien ne semble avoir changé, même si le cinéaste coréen invite à l’utopie, comme si son constat était sans échec, mais que les coréens devaient suivre l’exemple de Younkjak. A savoir coucher pour réussir, devoir accepter aveuglement une partie de cette ivresse fatale, manipuler les âmes et les corps, tout ce que finalement Im Sang-soo semblait dénoncer.