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Critique : Lone Ranger, de Gore Verbinski

Le trio de la franchise Pirates des Caraïbes, Depp-Verbinski-Bruckheimer, signe un blockbuster spectaculaire et osé, salué… par un échec commercial. 

Affiche de Lone Ranger de Gore Verbinski

Tonto, le guerrier indien, raconte comment John Reid, un ancien défenseur de la loi, est devenu un justicier légendaire. Ces deux héros à part vont devoir apprendre à faire équipe pour affronter le pire de la cupidité et de la corruption. Le tandem fait des étincelles et entraîne le public dans un tourbillon de surprises et d’humour.

C’est injuste. Si on en croit Jerry Bruckheimer et ses deux acteurs principaux Johnny Depp et Armie Hammer, Lone Ranger : naissance d’un héros aurait été maltraité, victime d’une critique acerbe, avec pour conséquence l’échec commercial d’un film. A l’heure où le blockbuster sort sur les écrans français, on constate les dégâts aux États-Unis où le film est d’ores-et-déjà en bout de course. 175 millions de dollars amassés à l’international (dont 86 sur sol américain), un film au budget de 250 millions de dollars : de la perte. Lorsque je rencontrais Jerry Bruckheimer en promo à Paris, le titan de la production bottait en touche, préférant – à juste titre – dire à quel point il était fier de ce film, et que les gens l’appréciaient. C’était avant de constater que les internautes des sites Rotten Tomatoes (4,8) et IMDB (6,7) ont finalement eux aussi dégommé Lone Ranger.

Pourtant, comparé à certains concurrents, le blockbuster estampillé Disney n’a pas à rougir de honte parce que le film serait d’une piètre qualité. On pourra reprocher ce que l’on veut à Lone Ranger, mais s’il y bien un blockbuster qui ose cet été, c’est assurément lui. Tourné à 90% en extérieur, dans de véritables décors condamnés à subir les foudres de la nature (tempêtes de sable, pluie, neige, chaleurs…) pendant 5 mois, Lone Ranger se veut être réaliste, afin que le spectateur soit le mieux placé dans cette intrigue.

Extrait de Lone Ranger

Sur la forme, Lone Ranger est incontestablement un film maîtrisé malgré les difficultés, en témoignent la superbe photographie signée Bojan Bazelli (The King of New York, Le Cercle), les effets spéciaux ou encore la musique (une nouvelle signée Hans Zimmer). Sans verser dans la surenchère, mais tout en impressionnant son spectateur, Lone Ranger se pose en divertissement respectable. En revanche, il pêche par sa longueur épuisante lorsque le scénario fourmille d’idées mais ne nous entraîne pas. Une raison à cela : au-delà de l’intrigue et des fils conducteurs un brin politisés (conquête de l’Ouest, statut des indiens, indépendance, ségrégation…), Lone Ranger souffre de ce fossé trop vaste entre son humour facile et gamin, et le pur western avec sa violence inhérente. Entre les deux, jamais Lone Ranger ne réussira à se trouver, et encore mieux, nous séduire par un angle d’attaque assumé. En voulant plaire au plus grand nombre, le film n’a pas l’identité et la force de frappe d’un Pirates des Caraïbes, malgré tous les points communs que certains spectateurs pourraient (ou voudraient) y voir.

Lone Ranger aura tenté, par exemple, de prendre à l’envers l’histoire originelle (datant des années 30) en positionnant le sidekick Tonto en un personnage quasi principal (il est le narrateur + un personnage central). Rôle qui sera confié à Johnny Depp, lequel n’arrive guère à faire oublier que derrière ce costume sommeille encore et toujours un Jack Sparrow délirant. Le plaisir est comme gâché, même si en dépit d’une promo largement accentuée sur sa personne (c’est un peu comme si le rôle secondaire masculin d’une comédie romantique était la star du sujet en question), il ne fait pas tant d’ombre à Armie Hammer qui s’en sort très bien dans la peau de justicier masqué naïf mais attachant.

Extrait de Lone Ranger

Divertissement au moins spectaculaire à n’en pas douter, Lone Ranger déçoit plus sur le fond, bien paresseux. Scénario mou, rythme en dent de scie, longueurs corrosives, personnages mal étoffés, émotion capilotractée… Autant de défauts venant justifier ce début d’échec commercial qui renvoit Disney aux fantômes de son dernier échec, John Carter. Lequel souffrait de défauts (entre autres) similaires… Dommage, Lone Ranger est bien moins raté !